karg se Ayatollah


Nombre de messages: 3529 Age: 27 Localisation: Cestas Date d'inscription: 11/05/2007
 | Sujet: Keynes ou Friedman Ven 2 Jan - 21:30 | |
| http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/01/02/keynes-ou-friedman-par-daniel-cohen_1137164_3232.html| Spoiler: | | | La crise des subprimes a éclaté au grand jour en août 2007, lorsque le marché interbancaire s'est brutalement asséché, obligeant les autorités monétaires à injecter massivement les liquidités manquantes. Une année difficile s'en est suivie sur le front financier. Pourtant, d'août 2007 à août 2008, la crise économique n'a pas semblé très menaçante aux observateurs. Thermomètre imbattable des anticipations de croissance, le prix du baril a flambé au cours de cette période, la spéculation se portant alors sur un actif réputé en forte demande du fait de la croissance mondiale. A 8 heures par e-mail, recevez la Check-list, votre quotidien du matin. Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts A LIRE AUSSI Analyse De l'aide charitable à la dette écologique, par Hervé Kempf Analyse Syndicats : sursaut dans le brouillard, par Michel Noblecourt Analyse La Belgique plus divisée que jamais, par Jean-Pierre Stroobants Edition abonnés Archive : "Picasso et les maîtres" : au profit de qui ?, par Philippe Dagen et Michel Guerrin
Vint alors l'instant décisif, le "tsunami financier", comme il fut appelé : la faillite de la banque Lehman, le 15 septembre 2008, immédiatement suivie de la quasi-faillite du plus grand assureur mondial, la compagnie AIG. En quelque mois, le baril perdait les quatre cinquièmes (!) de sa valeur, passant de 147 dollars en juillet à moins de 40 dollars début décembre. Les prévisions de croissance ont été immédiatement révisées à la baisse, les risques de défaut prévus pour 2009 étant tout à coup multipliés par un facteur trois.
La disproportion entre la faillite d'une banque certes importante dans l'écheveau complexe des produits financiers, Lehman, et ses conséquences est trop considérable pour que l'explication se réduise aux conséquences directes de cette faillite. Quelle sorte de crise vivons-nous ?
Revenons à l'inévitable référence, la crise de 1929. Dans les années 1930 comme dans la crise actuelle, un événement décisif a précipité la crise : le krach boursier du "mardi noir", le 29 octobre 1929. Les Etats-Unis étaient déjà en récession ce jour-là, l'activité industrielle déclinant en fait depuis le mois de juin 1929. De même, aujourd'hui, l'économie américaine est-elle de facto en crise (depuis le mois de décembre 2007, selon le National Bureau of Economic Research). Mais le krach du mardi noir de 2008 et la faillite de Lehman ont provoqué un enchaînement nouveau. Ils ont chacun brisé les espoirs d'une reprise rapide, provoquant une nouvelle spirale descendante.
Les achats de "biens durables" (automobile, immobilier...) sont à chaque fois en première ligne. Ce sont des biens dont on peut reporter l'achat, le temps de voir passer l'orage. Ils ont baissé de 20 % au cours de la seule année 1930, les achats d'automobiles chutant des deux tiers entre1930 et 1933 ! Aujourd'hui l'automobile est à nouveau frappée de plein fouet par la crise, le leader mondial, General Motors, étant en quasi-faillite. L'autre grand secteur touché par la crise, hier comme aujourd'hui, est le logement. Dans certaines villes, comme Cleveland, plus de la moitié de la population fera défaut sur ses dettes hypothécaires. Aujourd'hui, la crise fait baisser les prix de l'immobilier américain à un rythme annuel de 15 % l'an.
Le rôle joué par les achats de biens durables est au coeur des interprétations dites keynésiennes de la crise. Selon le raisonnement proposé par John Maynard Keynes, et repris notamment par l'économiste du MIT Peter Temin, la crise de la consommation de biens durables est le coup d'envoi d'une montée du chômage qui se propage ensuite, selon un mécanisme multiplicateur, à l'ensemble de l'économie.
L'ennemi juré de Keynes, Milton Friedman, a toutefois proposé une autre explication de la crise des années 1930, qui est aujourd'hui majoritairement retenue par les spécialistes. Aux yeux de Friedman, le principal facteur qui explique l'ampleur de la crise des années 1930 tient au fait que les autorités monétaires ont laissé les banques faire faillite. On comptait 29 000 banques avant la crise, il en restera 12 000 en 1933. Au total, la monnaie et le crédit chuteront de plus d'un tiers, entraînant l'économie dans la déflation. Pour Friedman, la responsabilité de la crise incombe ainsi à la banque centrale, qui a laissé s'écrouler, sans réagir, le système bancaire.
La faillite de Lehman ne se compare certes pas aux faillites bancaires des années 1930. Elle a toutefois brutalement ravivé la crise financière. Tous les trésoriers d'entreprise ont compris que le refinancement de leurs crédits, à peu près assurés au cours de l'année écoulée, ne serait plus garanti. Tout s'est passé comme si la faillite de Lehman avait créé un choc virtuel comparable à la faillite réelle des banques américaines dans les années 1930. Comment est-ce possible ?
Pour comprendre le mécanisme à l'oeuvre, il faut revenir en arrière. Tout au long des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, les récessions ont été déclenchées par une séquence simple et immuable. La croissance, lorsqu'elle s'emballe au-dessus de son potentiel, tend à provoquer une inflation salariale. Ce phénomène est associé à que les économistes appellent "la courbe de Phillips". Lorsque le chômage tend à baisser, les revendications salariales augmentent, déclenchant une spirale prix-salaire. Pour casser celle-ci, les autorités doivent mener une politique restrictive, souvent brutale, qui brise la croissance. La majeure partie des récessions d'après-guerre tient à ce processus.
Or, nous vivons depuis le début des années 1990 dans un monde différent, caractérisé par ce qu'on appelle "la grande modération" salariale. Laminés par la désindustrialisation, l'érosion du pouvoir syndical, la mondialisation, les ouvriers ont perdu leur pouvoir de négociation. Cette rupture change les règles de fonctionnement de l'économie. L'argent facile n'allume plus l'inflation salariale, comme par le passé. Elle déclenche la spéculation, l'inflation du prix des actifs financiers...
On a ainsi connu depuis les années 1990 : la bulle Internet, la bulle immobilière, la bulle sur le pétrole, qui ont chacune crevé à tour de rôle... C'est la "bulle financière" qui a éclaté le 15 septembre, si l'on comprend celle-ci comme la promesse qu'un refinancement perpétuel puisse être assuré, même aux projets les plus fous. La faillite du fonds Madoff, lequel a pu traverser la crise de 2007 et la majeure partie de 2008 avant d'être démasqué, est emblématique de cette rupture.
La boucle est ainsi bouclée. La crise de Lehman, à l'instar du krach d'octobre 1929, sonne comme le véritable départ de la crise : celle de la consommation, versant Keynes, et celle de l'intermédiation financière, versant Friedman. Ce n'est pas l'un ou l'autre de nos auteurs que les autorités doivent choisir comme bréviaire, mais bien les deux à la fois. Pour les spécialistes de 1929, mais c'est moins urgent, il est à prévoir aussi que les vieux débats seront revisités. |
Analyse intéressante, commentaires lamentables par contre, j'espère avoir mieux ici. |
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