La Pensée Multiple

Parler de politique, de philosophie, de science, d'art, de littérature, de conneries...
 
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Les poèmes que vous appréciez :

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Savinien
Roquet.



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Messages : 2084

MessageSujet: Les poèmes que vous appréciez :   Sam 27 Oct - 23:05

Oui ok ça fait flower mais l'heure s'y prête et pis zut.

JE SUIS COMME JE SUIS

Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi

Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais




Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
Oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.

Jacques Prévert
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Anna
Ivrogne lascive
Ivrogne lascive



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Localisation : Paris

MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Dim 28 Oct - 1:19

Citation:

A quels travaux forcé Hitler
est-il condamné en enfer?

Peint-il des murs ou des cadavres?
Flaire-t-il le gaz de ses morts?

Le nourrit-on avec les cendres
de tant d'enfants carbonisés?

Ou le fait-on, depuis sa mort,
boire du sang à l'entonnoir?

Ou martèle-t-on dans sa bouche
les dents arrachées pour leur or?

Ou le couche-t-on pour dormir
sur ses pointes de barbelés?

Ou, pour les lampes de l'enfer,
couvre-t-on sa peau de tatouages?

Ou est-il mordu sans pitié
par les dogues noirs du grand feu?

Ou doit-il, sans fin, jour et nuit,
marcher avec ses prisonniers?

Ou doit-il mourir sans mourir
éternellement sous le gaz?


Pablo Neruda, Libros de las Preguntas (le Livre des Questions), j'en posterai d'autres.
_________________
"Les Droits de l'Homme s'effacent toujours devant les Droits des Asticots" Desproges
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beld
Schtroumpf Prof'
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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Dim 28 Oct - 8:57

A tous les gosses meurtris de briller dans l'indifférence
D'une société qui les néglige puis les accuse de nonchalance
Un hymne à Mère Patrie qui brise le talent et passe son cri sous silence
Une clameur se fait entendre et bat la mesure en cadence
« France ! » des fois je te hais, parfois tu m' émeus
Mais souvent je me tais car je sais qu'au fond je t'aime...
Mais il serait temps que tu rendes hommage à tous ces talents détruits
Fais donc ton tri au mérite et il y aura beaucoup moins d'aigris
Beaucoup moins de jeune épris du lointain modèle états-unien
Parce que réussir ailleurs reste encore le seul moyen d'obtenir ton soutien
Si beaucoup se barrent, c'est pour chasser des chimères aut'part que dans leurs cauchemars
Rappelle-les sur tes terres et montre-leur qu'ici aussi pour eux ça peut chémar !


JPC, extrait de "Ca peut chémar".
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thordonar
Wannabe Soral.



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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Mer 31 Oct - 13:57

voici mes 2 poèmes préférés, de ceux qui vous remuent les tripes. il y a surement un peu de moi dans ces 2 poèsies

en 1, "cantique païen" de Gaston Couté

Citation:
Je suis parti sans savoir où
Comme une graine qu'un vent fou
Enlève et transporte :
A la ville où je suis allé
J'ai langui comme un brin de blé
Dans la friche morte

J'ai dit bonjour à bien des gens
Mais ces hommes étaient méchants
Comme moi sans doute.
L'amour m'a fait saigner un jour
Et puis j'ai fait saigner l'Amour
Au long de ma route.

Je suis descendu bien souvent
Jusqu'au cabaret où l'on vend
L'ivresse trop brève;
J'ai fixé le ciel étoilé
Mais le ciel, hélas! m'a semblé
Trop haut pour mon rêve.

Las de chercher là-haut, là-bas
Tout ce que je n'y trouve pas
Je reviens vers celle
Dont le sang coule dans mon sang
Et dont le grand coeur caressant
Aujourd'hui m'appelle.

Au doux terroir où je suis né
Je reviens pour me prosterner
Devant les miracles
De celle dont les champs sans fin
De notre pain de notre vin
Sont les tabernacles.

Je reviens parmi les guérets
Pour gonfler de son souffle frais
Ma poitrine infâme,
Et pour sentir, au seuil du soir,
Son âme, comme un reposoir
S'offrir à mon âme.

Je reviens, ayant rejeté
Mes noirs tourments de révolté
Mes haines de Jacques,
Pour que sa Grâce arrive en moi
Comme le dieu que l'on reçoit
Quand on fait ses Pâques.

Notre Dame des Sillons!
Ma bonne Sainte Vierge, à moi!
Dont les anges sont les grillons
O Terre! Je reviens vers toi!


et en 2, la ballade des pendus de François Villon
(je vous la mets en version originale)

Citation:
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ca, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

_________________
vois la lune et le soleil, écoute le vent et la mer, touche la terre et l'arbre, et entends la voix des dieux
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Pasdeparanoia
Agitateur
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Messages : 2800

MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Jeu 15 Nov - 14:51

L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple

Ô lâches, la voilà ! Dégorgez dans les gares !
Le soleil expia de ses poumons ardents
Les boulevards qu'un soir comblèrent les Barbares.
Voilà la Cité belle, assise à l'occident !

Allez ! on préviendra les reflux d'incendie,
Voilà les quais ! voilà les boulevards ! voilà
Sur les maisons, l'azur léger qui s'irradie
Et qu'un soir la rougeur des bombes étoila !

Cachez les palais morts dans des niches de planches !
L'ancien jour effaré rafraîchit vos regards.
Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches :
Soyez fous, vous serez drôles, étant hagards !

Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes,
Le cri des maisons d'or vous réclame. Volez !
Mangez ! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes
Qui descend dans la rue. Ô buveurs désolés,

Buvez ! Quand la lumière arrive intense et folle,
Fouillant à vos côtés les luxes ruisselants,
Vous n'allez pas baver, sans geste, sans parole,
Dans vos verres, les yeux perdus aux lointains blancs.

Avalez, pour la Reine aux fesses cascadantes !
Écoutez l'action des stupides hoquets
Déchirants ! Écoutez sauter aux nuits ardentes
Les idiots râleux, vieillards, pantins, laquais !

Ô cœurs de saleté, bouches épouvantables,
Fonctionnez plus fort, bouches de puanteurs !
Un vin pour ces torpeurs ignobles, sur ces tables...
Vos ventres sont fondus de hontes, ô Vainqueurs !

Ouvrez votre narine aux superbes nausées !
Trempez de poisons forts les cordes de vos cous !
Sur vos nuques d'enfants baissant ses mains croisées
Le Poète vous dit : « Ô lâches, soyez fous !

Parce que vous fouillez le ventre de la Femme,
Vous craignez d'elle encore une convulsion
Qui crie, asphyxiant votre nichée infâme
Sur sa poitrine, en une horrible pression.

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques,
Qu'est-ce que ça peut faire à la putain Paris,
Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ?
Elle se secouera de vous, hargneux pourris !

Et quand vous serez bas, geignant sur vos entrailles,
Les flancs morts, réclamant votre argent, éperdus,
La rouge courtisane aux seins gros de batailles
Loin de votre stupeur tordra ses poings ardus !

Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,
Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,
Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires
Un peu de la bonté du fauve renouveau,

Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte,
La tête et les deux seins jetés vers l'Avenir
Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes,
Cité que le Passé sombre pourrait bénir :

Corps remagnétisé pour les énormes peines,
Tu rebois donc la vie effroyable ! tu sens
Sourdre le flux des vers livides en tes veines,
Et sur ton clair amour rôder les doigts glaçants !

Et ce n'est pas mauvais. Tes vers, tes vers livides
Ne gêneront pas plus ton souffle de Progrès
Que les Stryx n'éteignaient l'œil des Cariatides
Où des pleurs d'or astral tombaient des bleus degrés. »

Quoique ce soit affreux de te revoir couverte
Ainsi ; quoiqu'on n'ait fait jamais d'une cité
Ulcère plus puant à la Nature verte,
Le Poète te dit : « Splendide est ta Beauté ! »

L'orage t'a sacrée suprême poésie ;
L'immense remuement des forces te secourt ;
Ton œuvre bout, la mort gronde, Cité choisie !
Amasse les strideurs au cœur du clairon sourd.

Le Poète prendra le sanglot des Infâmes,
La haine des Forçats, la clameur des Maudits ;
Et ses rayons d'amour flagelleront les Femmes.
Ses strophes bondiront : Voilà ! voilà ! bandits !

— Société, tout est rétabli : — les orgies
Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :
Et les gaz en délire, aux murailles rougies,
Flambent sinistrement vers les azurs blafards !

Rimbaud
_________________
Wahou ! Elle est énorme !
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zongo
Ermite.



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Messages : 2439

MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Ven 16 Nov - 0:53

Citation:
Léo Ferré - Graine d'ananar

La vie m'a doublé
C'est pas régulier
Pour un pauv' lézard
Qui vit par hasard
Dans la société
Mais la société
Faut pas s'en mêler
J'suis un type à part
Un' grain' d'ananar

On m'dit qu'j'ai poussé
En d'ssous d'un gibet
Où mon grand-papa
Balançait déjà
Avec un collier
Un collier tressé
De chanvre il était
Un foutu foulard
A gueul' d'ananar

J'avais des copains
Qui mangeaient mon pain
Car le pain c'est fait
Pour êtr' partagé
Dans notr' société
C'est pas moi qui l'dis
Mais c'est Jésus-Christ
Un foutu bavard
A gueul' d'ananar

Si j'avais des sous
On m'd'manderait: "" Où
Les as-tu gagnés
Sans avoir trimé
Pour la société ? "
Mais comm' j'en ai pas
Faut lui dir' pourquoi
C'est jamais peinard
La grain' d'ananar

On m'dit qu'c'est fini
J'vous l'dit comme on l'dit
Et qu'on me pendra
Au nom de la loi
Et d'la société
D'la bell' société
Qui s'met à s'mêler
De mettre au rancart
La grain' d'ananar

Potence d'oubli
L'oiseau fait son nid
Messieurs les corbeaux
Passeront ma peau
Comme à l'étamis
Mais auparavant
J'aurai comm' le vent
Semé quelque part
Ma grain' d'ananar

_________________
"Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie." Arthur C. Clarke
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Messaline
Prêtresse de Sapho
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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Ven 1 Fév - 13:06

Shakespeare, The Tempest (acte I sc. 2)

Full fathom five thy father lies;
Of his bones are coral made;
Those are pearls that were his eyes;
Nothing of him that doth fade
But doth suffer a sea-change
Into something rich and strange.
Sea-nymphs hourly ring his knell:
Hark! now I hear them, - Ding-dong, bell.

_________________
"Je suis Pazuzu, fils de Hanpa. Le roi des mauvais esprits des vents qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c'est moi.''
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Caton l'ancien
Apprenti utopiste
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Messages : 83

MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Lun 4 Fév - 18:23

Deux poèmes que je trouve magnifique, le second est très connu, le premier un peu moins... Vian l'a écrit quand il était au fond du trou, rongé par la maladie et complètement agonisant. Quelle œuvre magnifique nous a t'il laissé!

la vie c'est comme une dent (boris Vian)

la vie, c'est comme une dent

d'abord on y a pas pensé

on s'est contenté de mâcher

et puis sa se gâte soudain

ça vous fait mal, et on y tient

et on la soigne et les soucis

et pour qu'on soit vraiment guéri

il faut vous l'arracher, la vie.


Le dormeur du val (Rimbaud)


C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
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pierre
Terroriste Bègue
Terroriste Bègue



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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Lun 4 Fév - 18:33

Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde,

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s'il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !
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souris_verte
Engagé
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Messages : 613

MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Lun 4 Fév - 18:44

J'en ai 1 affiché au dessus de mon bureau en permanence. Lorsque le blues me gagne je le regarde. En fait il s'agit d'un extrait de discours de Neruda transformé en poème.

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!

Pablo Neruda 1971
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Marquis de Sade
Passionné
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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Sam 9 Fév - 11:30

Le serpent qui danse


Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle
L'or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D'un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D'étoiles mon coeur !

Mis en musique par un célèbre pianiste français...
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David
Passionné
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Inscrit le : 08 Juin 2007
Messages : 443

MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Lun 11 Fév - 22:56

souris_verte a écrit:
J'en ai 1 affiché au dessus de mon bureau en permanence. Lorsque le blues me gagne je le regarde. En fait il s'agit d'un extrait de discours de Neruda transformé en poème.

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!

Pablo Neruda 1971


I love you
"celui qui devient esclave de l'habitude" , le plus dur à surmonter sans doute.
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Prufrock
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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Lun 11 Fév - 23:02

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encore sur tes os décharnés ?
Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire;
Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.
Il est tombé sur nous, cet édifice immense
Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour.
La Mort devait t'attendre avec impatience,
Pendant quatre-vingts ans que tu lui fis ta cour;
Vous devez vous aimer d'un infernal amour.
Ne quittes-tu jamais la couche nuptiale
Où vous vous embrassez dans les vert du tombeau,
Pour t'en aller tout seul promener ton front pâle!
Dans un cloitre désert ou dans un vieux château?!
Que te disent alors tous ces grands corps sans vie,
Ces murs silencieux, ces autels désolés,
Que pour l'éternité ton souffle a dépeuplés ?
Que te disent les croix? que te dit le Messie?
Oh ! saigne-t-il encor, quand, pour le déclouer,
Sur son arbre tremblant, comme une fleur flétrie,
Ton spectre dans la nuit revient le secouer?
Crois-tu ta mission dignement accomplie,
Et comme l'Éternel, à la création,
Trouves-tu que c'est bien, et que ton oeuvre est bon?
Au festin de mon hôte alors je te convie.
Tu n'as qu'à te lever;-quelqu'un soupe ce soir
Chez qui le Commandeur peut frapper et s'asseoir.

Entends-tu soupirer ces enfants qui s'embrassent?
On dirait dans l'étreinte où leurs bras nus s'enlacent,
Par une double vie un seul corps animé
Des sanglots inouis, des plaintes oppressées,
Ouvrent en frissonnant leurs lèvres insensées
En les baisant au front le Plaisir s'est pâmé.
Ils sont jeunes et beaux, et, rien qu'à les entendre,
Comme un pavillon d'or le ciel devrait descendre:
Regarde!-ils n'aiment pas, ils n'ont jamais aimé

Où les ont-ils appris, ces mots si pleins de charmes,
Que la volupté seule, au milieu de ses larmes,
A le droit de répandre et de balbutier ?
Ô femme! étrange objet de joie et de supplice!
Mystérieux autel où, dans le sacrifice,
On entend tour à tour blasphémer et prier!
Dis-moi, dans quel écho, dans quel air vivent-elles,
Ces paroles sans nom, et pourtant éternelles,
Qui ne sont qu'un délire, et depuis cinq mille ans
Se suspendent encore aux lèvres des amants ?

Ô profanation! point d'amour, et deux anges !
Deux coeurs purs comme l'or, que les saintes phalanges
Porteraient à leur père en voyant leur beauté!
Point d'amour! et des pleurs! et la nuit qui murmure,
Et le vent qui frémit, et toute la nature
Qui pâlit de plaisir, qui boit la volupté!
Et des parfums fumants, et des flacons à terre,
Et des baisers sans nombre, et peut-être, Ô misère !
Un malheureux de plus qui maudira le jour...
Point d'amour! et partout le spectre de l'amour !

Cloîtres silencieux, voûtes des monastères,
C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer
Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres
Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâmer.
Oh! venez donc rouvrir vos profondes entrailles
A ces deux enfants-là qui cherchent le plaisir
Sur un lit qui n'est bon qu'à dormir ou mourir;
Frappez-leur donc le coeur sur vos saintes murailles.
Que la haire sanglante y fasse entrer ses clous.
Trempez-leur donc le front dans les eaux baptismales,
Dites-leur donc un peu ce qu'avec leurs genoux
Il leur faudrait user de pierres sépulcrales
Avant de soupçonner qu'on aime comme vous!

Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices
Vous buviez à plein coeur, moines mystérieux
La tête du Sauveur errait sur vos cilices
Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux,
Et, quand l'orgue chantait aux rayons de l'aurore,
Dans vos vitraux dorés vous la cherchiez encore,
Vous aimiez ardemment !Oh ! vous étiez heureux !

Vois-tu, vieil Arouet? cet homme plein de vie,
Qui de baisers ardents couvre ce sein si beau,
Sera couché demain dans un étroit tombeau.
Jetterais-tu sur lui quelques regards d'envie?
Sois tranquille, il t'a lu. Rien ne peut lui donner
Ni consolation ni lueur d'espérance.
Si l'incrédulité devient une science,
On parlera de Jacque, et, sans la profaner,
Dans ta tombe, ce soir, tu pourrais l'emmener.

Penses-tu cependant que si quelque croyance,
Si le plus léger hi le retenait encor,
Il viendrait sur ce lit prostituer sa mort !
Sa mort!-Ah! laisse-lui la plus faible pensée
Qu'elle n'est qu'un passage à quelque lieu d'horreur,
Au plus affreux, qu'importe? Il n'en aura pas peur;
Il relèvera la jeune fiancée, il la regardera dans l'espace élancée,
Porter au Dieu vivant la clef d'or de son coeur !

Voilà pourtant ton oeuvre, Arouet, voilà l'homme
Tel que tu l'as voulu.-C'est dans ce siècle-ci,
C'est d'hier seulement qu'on peut mourir ainsi,
Quand Brutus s'écria sur les débris de Rome:
"Vertu, tu n'es qu'un nom! " il ne blasphéma pas.
Il avait tout perdu, sa gloire et sa patrie,
Son beau rêve adoré, sa liberté chérie,
Sa Portia, son Cassius, son sang et ses soldats;
Il ne voulait plus croire aux choses de la terre.
Mais, quand il se vit seul, assis sur une pierre,
En songeant à la mort, il regarda les cieux.
Il n'avait rien perdu dans cet espace immense;
Son coeur y respirait un air plein d'espérance;
Il lui restait encor son épée et ses dieux.

Et que nous reste-t-il, à nous, les déicides?
Pour qui travailliez-vous, démolisseurs stupides,
Lorsque vous disséquiez le Christ sur son autel?
Que vouliez-vous semer sur sa céleste tombe,
Quand vous jetiez au vent la sanglante colombe
Qui tombe en tournoyant dans l'abîme éternel?
Vous vouliez pétrir l'homme à votre fantaisie;
Vous vouliez faire un monde.-Eh bien, vous l'avez fait.
Votre monde est superbe, et votre homme est parfait!
Les monts sont nivelés, la plaine est éclaircie;
Vous avez sagement taillé l'arbre de vie;
Tout est bien balayé sur vos chemins de-fer,
Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air.
Vous y faites vibrer de sublimes paroles;
Elles flottent au loin dans des vents empestés,
Elles ont ébranlé de terribles idoles;
Mais les oiseaux du ciel en sont épouvantés.
L'hypocrisie est morte; on ne croit plus aux prêtres;
Mais la vertu se meurt, on ne croit plus à Dieu.
Le noble n'est plus fier du sang de ses ancêtres;
Mais il le prostitue au fond d'un mauvais lieu.
On ne mutile plus la pensée et la scène,
On a mis au plein vent l'intelligence humaine
Mais le peuple voudra des combats de taureau.
Quand on est pauvre et fier, quand on est riche et triste,
On est plus assez fou pour se faire trappiste
Mais on fait comme Escousse on allume un réchaud.

Alfred de Musset
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La transformation de l'instruction publique en éducation nationale est la plus fasciste de mes réformes.
Benito Mussolini
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Marquis de Sade
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MessageSujet: Re: Les poèmes que vous appréciez :   Dim 25 Mai - 10:25

Sur la guerre d'espagne


Il était leur frère,
Il est mon père,
Dénonçant pour des mots qui prennent aux tripes.
Il était leur frère.
Il n’a pas glissé de note discrète,
Hésitant, à un colosse en uniforme,
Il a parlé avec un ami,
Les a dénoncé pour des mots vides de sens.
Il était leur frère,
Il est mon père.
Entre une bière et une cigarette,
Une famille en prison,
Sa famille en prison.
Il était leur frère.
Il ne regrette rien, n’en parle pas,
Son devoir est fait, c’était la guerre.
Il était leur frère.
Un meurtre volontaire,
De son sang,
Il est mon père.
Dénonçant pour le bien d’un pays,
Pour l’amour d’un drapeau,
Pour la haine et l’ordre :
La malchance d’un peuple.
Il était leur frère,
Il est mon père.
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