 | La Pensée Multiple Parler de politique, de philosophie, de science, d'art, de littérature, de conneries... |
| | Les poèmes que vous appréciez : | |
| |
| Auteur | Message |
|---|
Savinien Roquet.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2084
 | Sujet: Les poèmes que vous appréciez : Sam 27 Oct - 23:05 | |
| Oui ok ça fait mais l'heure s'y prête et pis zut.
JE SUIS COMME JE SUIS
Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire Et n'y puis rien changer Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu'est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire Ce qui m'est arrivé Oui j'ai aimé quelqu'un Oui quelqu'un m'a aimée Comme les enfants qui s'aiment Simplement savent aimer Aimer aimer... Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n'y puis rien changer.
Jacques Prévert |
|  | | Anna Ivrogne lascive


Age : 25 Inscrit le : 18 Mar 2007 Messages : 2504 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Dim 28 Oct - 1:19 | |
| | Citation: | A quels travaux forcé Hitler est-il condamné en enfer?
Peint-il des murs ou des cadavres? Flaire-t-il le gaz de ses morts?
Le nourrit-on avec les cendres de tant d'enfants carbonisés?
Ou le fait-on, depuis sa mort, boire du sang à l'entonnoir?
Ou martèle-t-on dans sa bouche les dents arrachées pour leur or?
Ou le couche-t-on pour dormir sur ses pointes de barbelés?
Ou, pour les lampes de l'enfer, couvre-t-on sa peau de tatouages?
Ou est-il mordu sans pitié par les dogues noirs du grand feu?
Ou doit-il, sans fin, jour et nuit, marcher avec ses prisonniers?
Ou doit-il mourir sans mourir éternellement sous le gaz? |
Pablo Neruda, Libros de las Preguntas (le Livre des Questions), j'en posterai d'autres. _________________ "Les Droits de l'Homme s'effacent toujours devant les Droits des Asticots" Desproges |
|  | | beld Schtroumpf Prof'


Inscrit le : 05 Mai 2007 Messages : 3530
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Dim 28 Oct - 8:57 | |
| A tous les gosses meurtris de briller dans l'indifférence D'une société qui les néglige puis les accuse de nonchalance Un hymne à Mère Patrie qui brise le talent et passe son cri sous silence Une clameur se fait entendre et bat la mesure en cadence « France ! » des fois je te hais, parfois tu m' émeus Mais souvent je me tais car je sais qu'au fond je t'aime... Mais il serait temps que tu rendes hommage à tous ces talents détruits Fais donc ton tri au mérite et il y aura beaucoup moins d'aigris Beaucoup moins de jeune épris du lointain modèle états-unien Parce que réussir ailleurs reste encore le seul moyen d'obtenir ton soutien Si beaucoup se barrent, c'est pour chasser des chimères aut'part que dans leurs cauchemars Rappelle-les sur tes terres et montre-leur qu'ici aussi pour eux ça peut chémar !
JPC, extrait de "Ca peut chémar". |
|  | | thordonar Wannabe Soral.

Inscrit le : 13 Aoû 2007 Messages : 1918 Localisation : Sur le fil...
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Mer 31 Oct - 13:57 | |
| voici mes 2 poèmes préférés, de ceux qui vous remuent les tripes. il y a surement un peu de moi dans ces 2 poèsies
en 1, "cantique païen" de Gaston Couté
| Citation: | Je suis parti sans savoir où Comme une graine qu'un vent fou Enlève et transporte : A la ville où je suis allé J'ai langui comme un brin de blé Dans la friche morte
J'ai dit bonjour à bien des gens Mais ces hommes étaient méchants Comme moi sans doute. L'amour m'a fait saigner un jour Et puis j'ai fait saigner l'Amour Au long de ma route.
Je suis descendu bien souvent Jusqu'au cabaret où l'on vend L'ivresse trop brève; J'ai fixé le ciel étoilé Mais le ciel, hélas! m'a semblé Trop haut pour mon rêve.
Las de chercher là-haut, là-bas Tout ce que je n'y trouve pas Je reviens vers celle Dont le sang coule dans mon sang Et dont le grand coeur caressant Aujourd'hui m'appelle.
Au doux terroir où je suis né Je reviens pour me prosterner Devant les miracles De celle dont les champs sans fin De notre pain de notre vin Sont les tabernacles.
Je reviens parmi les guérets Pour gonfler de son souffle frais Ma poitrine infâme, Et pour sentir, au seuil du soir, Son âme, comme un reposoir S'offrir à mon âme.
Je reviens, ayant rejeté Mes noirs tourments de révolté Mes haines de Jacques, Pour que sa Grâce arrive en moi Comme le dieu que l'on reçoit Quand on fait ses Pâques.
Notre Dame des Sillons! Ma bonne Sainte Vierge, à moi! Dont les anges sont les grillons O Terre! Je reviens vers toi! |
et en 2, la ballade des pendus de François Villon (je vous la mets en version originale)
| Citation: | Frères humains qui après nous vivez N'ayez les coeurs contre nous endurciz, Car, ce pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tost de vous merciz. Vous nous voyez ci, attachés cinq, six Quant de la chair, que trop avons nourrie, Elle est piéca devorée et pourrie, Et nous les os, devenons cendre et pouldre. De nostre mal personne ne s'en rie: Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!
Se frères vous clamons, pas n'en devez Avoir desdain, quoy que fusmes occiz Par justice. Toutefois, vous savez Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz; Excusez nous, puis que sommes transsis, Envers le filz de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale fouldre Nous sommes mors, ame ne nous harie; Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
La pluye nous a débuez et lavez, Et le soleil desséchez et noirciz: Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez Et arraché la barbe et les sourciz. Jamais nul temps nous ne sommes assis; Puis ca, puis là, comme le vent varie, A son plaisir sans cesser nous charie, Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre. Ne soyez donc de nostre confrarie; Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie: A luy n'avons que faire ne que souldre. Hommes, icy n'a point de mocquerie; Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! |
_________________ vois la lune et le soleil, écoute le vent et la mer, touche la terre et l'arbre, et entends la voix des dieux |
|  | | Pasdeparanoia Agitateur


Inscrit le : 12 Mar 2007 Messages : 2800
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Jeu 15 Nov - 14:51 | |
| L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple
Ô lâches, la voilà ! Dégorgez dans les gares ! Le soleil expia de ses poumons ardents Les boulevards qu'un soir comblèrent les Barbares. Voilà la Cité belle, assise à l'occident ! Allez ! on préviendra les reflux d'incendie, Voilà les quais ! voilà les boulevards ! voilà Sur les maisons, l'azur léger qui s'irradie Et qu'un soir la rougeur des bombes étoila ! Cachez les palais morts dans des niches de planches ! L'ancien jour effaré rafraîchit vos regards. Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches : Soyez fous, vous serez drôles, étant hagards ! Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes, Le cri des maisons d'or vous réclame. Volez ! Mangez ! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes Qui descend dans la rue. Ô buveurs désolés, Buvez ! Quand la lumière arrive intense et folle, Fouillant à vos côtés les luxes ruisselants, Vous n'allez pas baver, sans geste, sans parole, Dans vos verres, les yeux perdus aux lointains blancs. Avalez, pour la Reine aux fesses cascadantes ! Écoutez l'action des stupides hoquets Déchirants ! Écoutez sauter aux nuits ardentes Les idiots râleux, vieillards, pantins, laquais ! Ô cœurs de saleté, bouches épouvantables, Fonctionnez plus fort, bouches de puanteurs ! Un vin pour ces torpeurs ignobles, sur ces tables... Vos ventres sont fondus de hontes, ô Vainqueurs ! Ouvrez votre narine aux superbes nausées ! Trempez de poisons forts les cordes de vos cous ! Sur vos nuques d'enfants baissant ses mains croisées Le Poète vous dit : « Ô lâches, soyez fous ! Parce que vous fouillez le ventre de la Femme, Vous craignez d'elle encore une convulsion Qui crie, asphyxiant votre nichée infâme Sur sa poitrine, en une horrible pression. Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques, Qu'est-ce que ça peut faire à la putain Paris, Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ? Elle se secouera de vous, hargneux pourris ! Et quand vous serez bas, geignant sur vos entrailles, Les flancs morts, réclamant votre argent, éperdus, La rouge courtisane aux seins gros de batailles Loin de votre stupeur tordra ses poings ardus ! Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères, Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau, Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires Un peu de la bonté du fauve renouveau, Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte, La tête et les deux seins jetés vers l'Avenir Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes, Cité que le Passé sombre pourrait bénir : Corps remagnétisé pour les énormes peines, Tu rebois donc la vie effroyable ! tu sens Sourdre le flux des vers livides en tes veines, Et sur ton clair amour rôder les doigts glaçants ! Et ce n'est pas mauvais. Tes vers, tes vers livides Ne gêneront pas plus ton souffle de Progrès Que les Stryx n'éteignaient l'œil des Cariatides Où des pleurs d'or astral tombaient des bleus degrés. » Quoique ce soit affreux de te revoir couverte Ainsi ; quoiqu'on n'ait fait jamais d'une cité Ulcère plus puant à la Nature verte, Le Poète te dit : « Splendide est ta Beauté ! » L'orage t'a sacrée suprême poésie ; L'immense remuement des forces te secourt ; Ton œuvre bout, la mort gronde, Cité choisie ! Amasse les strideurs au cœur du clairon sourd. Le Poète prendra le sanglot des Infâmes, La haine des Forçats, la clameur des Maudits ; Et ses rayons d'amour flagelleront les Femmes. Ses strophes bondiront : Voilà ! voilà ! bandits ! — Société, tout est rétabli : — les orgies Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars : Et les gaz en délire, aux murailles rougies, Flambent sinistrement vers les azurs blafards !
Rimbaud _________________ Wahou ! Elle est énorme ! |
|  | | zongo Ermite.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2439
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Ven 16 Nov - 0:53 | |
| | Citation: | Léo Ferré - Graine d'ananar
La vie m'a doublé C'est pas régulier Pour un pauv' lézard Qui vit par hasard Dans la société Mais la société Faut pas s'en mêler J'suis un type à part Un' grain' d'ananar
On m'dit qu'j'ai poussé En d'ssous d'un gibet Où mon grand-papa Balançait déjà Avec un collier Un collier tressé De chanvre il était Un foutu foulard A gueul' d'ananar
J'avais des copains Qui mangeaient mon pain Car le pain c'est fait Pour êtr' partagé Dans notr' société C'est pas moi qui l'dis Mais c'est Jésus-Christ Un foutu bavard A gueul' d'ananar
Si j'avais des sous On m'd'manderait: "" Où Les as-tu gagnés Sans avoir trimé Pour la société ? " Mais comm' j'en ai pas Faut lui dir' pourquoi C'est jamais peinard La grain' d'ananar
On m'dit qu'c'est fini J'vous l'dit comme on l'dit Et qu'on me pendra Au nom de la loi Et d'la société D'la bell' société Qui s'met à s'mêler De mettre au rancart La grain' d'ananar
Potence d'oubli L'oiseau fait son nid Messieurs les corbeaux Passeront ma peau Comme à l'étamis Mais auparavant J'aurai comm' le vent Semé quelque part Ma grain' d'ananar |
_________________ "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie." Arthur C. Clarke |
|  | | Messaline Prêtresse de Sapho


Age : 21 Inscrit le : 13 Oct 2007 Messages : 2091
 | |  | | Caton l'ancien Apprenti utopiste


Inscrit le : 11 Mar 2007 Messages : 83
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Lun 4 Fév - 18:23 | |
| Deux poèmes que je trouve magnifique, le second est très connu, le premier un peu moins... Vian l'a écrit quand il était au fond du trou, rongé par la maladie et complètement agonisant. Quelle œuvre magnifique nous a t'il laissé!
la vie c'est comme une dent (boris Vian)
la vie, c'est comme une dent
d'abord on y a pas pensé
on s'est contenté de mâcher
et puis sa se gâte soudain
ça vous fait mal, et on y tient
et on la soigne et les soucis
et pour qu'on soit vraiment guéri
il faut vous l'arracher, la vie.
Le dormeur du val (Rimbaud)
C'est un trou de verdure où chante une rivière, Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme : Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. |
|  | | pierre Terroriste Bègue


Inscrit le : 21 Juil 2007 Messages : 1538 Localisation : dans la forêt
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Lun 4 Fév - 18:33 | |
| Dans une terre grasse et pleine d'escargots Je veux creuser moi-même une fosse profonde, Où je puisse à loisir étaler mes vieux os Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde,
Je hais les testaments et je hais les tombeaux ; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ; Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
A travers ma ruine allez donc sans remords, Et dites-moi s'il est encor quelque torture Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts ! |
|  | | souris_verte Engagé


Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 613
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Lun 4 Fév - 18:44 | |
| J'en ai 1 affiché au dessus de mon bureau en permanence. Lorsque le blues me gagne je le regarde. En fait il s'agit d'un extrait de discours de Neruda transformé en poème.
Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.
Vis maintenant!
Risque-toi aujourd'hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d'être heureux!
Pablo Neruda 1971 |
|  | | Marquis de Sade Passionné


Age : 15 Inscrit le : 18 Aoû 2007 Messages : 126
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Sam 9 Fév - 11:30 | |
| Le serpent qui danse
Que j'aime voir, chère indolente, De ton corps si beau, Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau !
Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s'éveille Au vent du matin, Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain.
Tes yeux, où rien ne se révèle De doux ni d'amer, Sont deux bijoux froids où se mêle L'or avec le fer.
A te voir marcher en cadence, Belle d'abandon, On dirait un serpent qui danse Au bout d'un bâton.
Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse D'un jeune éléphant,
Et ton corps se penche et s'allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge Ses vergues dans l'eau.
Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants, Quand l'eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents,
Je crois boire un vin de Bohême, Amer et vainqueur, Un ciel liquide qui parsème D'étoiles mon coeur !
Mis en musique par un célèbre pianiste français... |
|  | | David Passionné


Age : 38 Inscrit le : 08 Juin 2007 Messages : 443
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Lun 11 Fév - 22:56 | |
| | souris_verte a écrit: | J'en ai 1 affiché au dessus de mon bureau en permanence. Lorsque le blues me gagne je le regarde. En fait il s'agit d'un extrait de discours de Neruda transformé en poème.
Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.
Vis maintenant!
Risque-toi aujourd'hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d'être heureux!
Pablo Neruda 1971 |
"celui qui devient esclave de l'habitude" , le plus dur à surmonter sans doute. |
|  | | Prufrock Parvenu


Inscrit le : 06 Juin 2007 Messages : 1185
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Lun 11 Fév - 23:02 | |
| Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encore sur tes os décharnés ? Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire; Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés. Il est tombé sur nous, cet édifice immense Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour. La Mort devait t'attendre avec impatience, Pendant quatre-vingts ans que tu lui fis ta cour; Vous devez vous aimer d'un infernal amour. Ne quittes-tu jamais la couche nuptiale Où vous vous embrassez dans les vert du tombeau, Pour t'en aller tout seul promener ton front pâle! Dans un cloitre désert ou dans un vieux château?! Que te disent alors tous ces grands corps sans vie, Ces murs silencieux, ces autels désolés, Que pour l'éternité ton souffle a dépeuplés ? Que te disent les croix? que te dit le Messie? Oh ! saigne-t-il encor, quand, pour le déclouer, Sur son arbre tremblant, comme une fleur flétrie, Ton spectre dans la nuit revient le secouer? Crois-tu ta mission dignement accomplie, Et comme l'Éternel, à la création, Trouves-tu que c'est bien, et que ton oeuvre est bon? Au festin de mon hôte alors je te convie. Tu n'as qu'à te lever;-quelqu'un soupe ce soir Chez qui le Commandeur peut frapper et s'asseoir.
Entends-tu soupirer ces enfants qui s'embrassent? On dirait dans l'étreinte où leurs bras nus s'enlacent, Par une double vie un seul corps animé Des sanglots inouis, des plaintes oppressées, Ouvrent en frissonnant leurs lèvres insensées En les baisant au front le Plaisir s'est pâmé. Ils sont jeunes et beaux, et, rien qu'à les entendre, Comme un pavillon d'or le ciel devrait descendre: Regarde!-ils n'aiment pas, ils n'ont jamais aimé
Où les ont-ils appris, ces mots si pleins de charmes, Que la volupté seule, au milieu de ses larmes, A le droit de répandre et de balbutier ? Ô femme! étrange objet de joie et de supplice! Mystérieux autel où, dans le sacrifice, On entend tour à tour blasphémer et prier! Dis-moi, dans quel écho, dans quel air vivent-elles, Ces paroles sans nom, et pourtant éternelles, Qui ne sont qu'un délire, et depuis cinq mille ans Se suspendent encore aux lèvres des amants ?
Ô profanation! point d'amour, et deux anges ! Deux coeurs purs comme l'or, que les saintes phalanges Porteraient à leur père en voyant leur beauté! Point d'amour! et des pleurs! et la nuit qui murmure, Et le vent qui frémit, et toute la nature Qui pâlit de plaisir, qui boit la volupté! Et des parfums fumants, et des flacons à terre, Et des baisers sans nombre, et peut-être, Ô misère ! Un malheureux de plus qui maudira le jour... Point d'amour! et partout le spectre de l'amour !
Cloîtres silencieux, voûtes des monastères, C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâmer. Oh! venez donc rouvrir vos profondes entrailles A ces deux enfants-là qui cherchent le plaisir Sur un lit qui n'est bon qu'à dormir ou mourir; Frappez-leur donc le coeur sur vos saintes murailles. Que la haire sanglante y fasse entrer ses clous. Trempez-leur donc le front dans les eaux baptismales, Dites-leur donc un peu ce qu'avec leurs genoux Il leur faudrait user de pierres sépulcrales Avant de soupçonner qu'on aime comme vous!
Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices Vous buviez à plein coeur, moines mystérieux La tête du Sauveur errait sur vos cilices Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux, Et, quand l'orgue chantait aux rayons de l'aurore, Dans vos vitraux dorés vous la cherchiez encore, Vous aimiez ardemment !Oh ! vous étiez heureux !
Vois-tu, vieil Arouet? cet homme plein de vie, Qui de baisers ardents couvre ce sein si beau, Sera couché demain dans un étroit tombeau. Jetterais-tu sur lui quelques regards d'envie? Sois tranquille, il t'a lu. Rien ne peut lui donner Ni consolation ni lueur d'espérance. Si l'incrédulité devient une science, On parlera de Jacque, et, sans la profaner, Dans ta tombe, ce soir, tu pourrais l'emmener.
Penses-tu cependant que si quelque croyance, Si le plus léger hi le retenait encor, Il viendrait sur ce lit prostituer sa mort ! Sa mort!-Ah! laisse-lui la plus faible pensée Qu'elle n'est qu'un passage à quelque lieu d'horreur, Au plus affreux, qu'importe? Il n'en aura pas peur; Il relèvera la jeune fiancée, il la regardera dans l'espace élancée, Porter au Dieu vivant la clef d'or de son coeur !
Voilà pourtant ton oeuvre, Arouet, voilà l'homme Tel que tu l'as voulu.-C'est dans ce siècle-ci, C'est d'hier seulement qu'on peut mourir ainsi, Quand Brutus s'écria sur les débris de Rome: "Vertu, tu n'es qu'un nom! " il ne blasphéma pas. Il avait tout perdu, sa gloire et sa patrie, Son beau rêve adoré, sa liberté chérie, Sa Portia, son Cassius, son sang et ses soldats; Il ne voulait plus croire aux choses de la terre. Mais, quand il se vit seul, assis sur une pierre, En songeant à la mort, il regarda les cieux. Il n'avait rien perdu dans cet espace immense; Son coeur y respirait un air plein d'espérance; Il lui restait encor son épée et ses dieux.
Et que nous reste-t-il, à nous, les déicides? Pour qui travailliez-vous, démolisseurs stupides, Lorsque vous disséquiez le Christ sur son autel? Que vouliez-vous semer sur sa céleste tombe, Quand vous jetiez au vent la sanglante colombe Qui tombe en tournoyant dans l'abîme éternel? Vous vouliez pétrir l'homme à votre fantaisie; Vous vouliez faire un monde.-Eh bien, vous l'avez fait. Votre monde est superbe, et votre homme est parfait! Les monts sont nivelés, la plaine est éclaircie; Vous avez sagement taillé l'arbre de vie; Tout est bien balayé sur vos chemins de-fer, Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air. Vous y faites vibrer de sublimes paroles; Elles flottent au loin dans des vents empestés, Elles ont ébranlé de terribles idoles; Mais les oiseaux du ciel en sont épouvantés. L'hypocrisie est morte; on ne croit plus aux prêtres; Mais la vertu se meurt, on ne croit plus à Dieu. Le noble n'est plus fier du sang de ses ancêtres; Mais il le prostitue au fond d'un mauvais lieu. On ne mutile plus la pensée et la scène, On a mis au plein vent l'intelligence humaine Mais le peuple voudra des combats de taureau. Quand on est pauvre et fier, quand on est riche et triste, On est plus assez fou pour se faire trappiste Mais on fait comme Escousse on allume un réchaud.
Alfred de Musset _________________ La transformation de l'instruction publique en éducation nationale est la plus fasciste de mes réformes. Benito Mussolini |
|  | | Marquis de Sade Passionné


Age : 15 Inscrit le : 18 Aoû 2007 Messages : 126
 | Sujet: Re: Les poèmes que vous appréciez : Dim 25 Mai - 10:25 | |
| Sur la guerre d'espagne
Il était leur frère, Il est mon père, Dénonçant pour des mots qui prennent aux tripes. Il était leur frère. Il n’a pas glissé de note discrète, Hésitant, à un colosse en uniforme, Il a parlé avec un ami, Les a dénoncé pour des mots vides de sens. Il était leur frère, Il est mon père. Entre une bière et une cigarette, Une famille en prison, Sa famille en prison. Il était leur frère. Il ne regrette rien, n’en parle pas, Son devoir est fait, c’était la guerre. Il était leur frère. Un meurtre volontaire, De son sang, Il est mon père. Dénonçant pour le bien d’un pays, Pour l’amour d’un drapeau, Pour la haine et l’ordre : La malchance d’un peuple. Il était leur frère, Il est mon père. |
|  | | | Les poèmes que vous appréciez : | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|