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| Auteur | Message |
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Pasdeparanoia Agitateur


Inscrit le : 12 Mar 2007 Messages : 2800
 | Sujet: La machine à abrutir. Sam 6 Sep - 10:57 | |
| Jusqu’à présent, la qualité des médias audiovisuels, public et privé confondus, n’était pas vraiment un sujet. Puis le président de la République découvre que la télévision est mauvaise. Il exige de la culture. (...)
Avec l’alibi de quelques programmes culturels ou de quelques fictions « créatrices », les défenseurs du service public le trouvaient bon. Ils ne sont pas difficiles. Comme si, à l’instar d’une vulgaire télévision commerciale, on n’y avait pas le regard rivé à l’ Audimat. Comme si la démagogie y était moins abondante qu’ailleurs.
Les médias ont su donner des dimensions monstrueuses à l’universel désir de stupidité qui sommeille même au fond de l’intellectuel le plus élitiste. Ce phénomène est capable de détruire une société, de rendre dérisoire tout effort politique. A quoi bon s’échiner à réformer l’école et l’Université ? Le travail éducatif est saccagé par la bêtise médiatique, la bouffonnerie érigée en moyen d’expression, le déferlement des valeurs de l’argent, de l’apparence et de l’individualisme étroit diffusées par la publicité, ultime raison d’être des grands groupes médiatiques. Bouygues envoie Jules Ferry aux oubliettes de l’histoire.
Lorsqu’on les attaque sur l’ineptie de leurs programmes, les marchands de vulgarité répliquent en général deux choses : primo, on ne donne au public que ce qu’il demande ; secundo, ceux qui les critiquent sont des élitistes incapables d’admettre le simple besoin de divertissement. Il n’est pas nécessairement élitiste de réclamer juste un peu moins d’ineptie. Il y a de vrais spectacles populaires de bonne qualité. Le public demande ce qu’on le conditionne à demander. On a presque abandonné l’idée d’un accès progressif à la culture par le spectacle populaire. Victor Hugo, Charlie Chaplin, Molière, René Clair, Jacques Prévert, Jean Vilar, Gérard Philipe étaient de grands artistes, et ils étaient populaires. Ils parvenaient à faire réfléchir et à divertir. L’industrie médiatique ne se fatigue pas : elle va au plus bas.
Chacun a le droit de se détendre devant un spectacle facile. Mais, au point où en sont arrivées les émissions dites de « divertissement », il ne s’agit plus d’une simple distraction. Ces images, ces mots plient l’esprit à certaines formes de représentation, les légitiment, habituent à croire qu’il est normal de parler, penser, agir de cette manière. Laideur, agressivité, voyeurisme, narcissisme, vulgarité, inculture, stupidité invitent le spectateur à se complaire dans une image infantilisée et dégradée de lui-même, sans ambition de sortir de soi, de sa personne, de son milieu, de son groupe, de ses « choix ». Les producteurs de télé-réalité - « Loft story », « Koh-Lanta », « L’île de la tentation » -, les dirigeants des chaînes privées ne sont pas toujours ou pas seulement des imbéciles. Ce sont aussi des malfaiteurs. On admet qu’une nourriture ou qu’un air viciés puissent être néfastes au corps. Il y a des représentations qui polluent l’esprit.
 MARISOL "Love" 1962
Si les médias des régimes totalitaires parviennent, dans une certaine mesure, à enchaîner les pensées, ceux du capitalisme triomphant les battent à plate couture. Et tout cela, bien entendu, grâce à la liberté. C’est pour offrir des cerveaux humains à CocaCola [1] que nous aurions conquis la liberté d’expression, que la gauche a « libéré » les médias. (...)
On a le choix ? Bien peu, et pour combien de temps ? La concentration capitaliste réunit entre les mêmes mains les maisons d’édition, les journaux, les télévisions, les réseaux téléphoniques et la vente d’armement. L’actuel président de la République est lié à plusieurs grands patrons de groupes audiovisuels privés, la ministre de la culture envisage de remettre en cause les lois qui limitent la concentration médiatique, la machine à abrutir reçoit la bénédiction de l’Etat .
(...) La bêtise médiatique s’universalise. L’esprit tabloïd contamine jusqu’aux quotidiens les plus sérieux. Les médias publics courent après la démagogie des médias privés. Le vide des informations complète la stupidité des divertissements.
Car il paraît qu’en plus d’être divertis nous sommes informés. Informés sur quoi ? Comment vit-on en Ethiopie ? Sous quel régime ? Où en sont les Indiens du Chiapas ? Quels sont les problèmes d’un petit éleveur de montagne ? Qui nous informe et qui maîtrise l’information ? On s’en fout. Nous sommes informés sur ce qu’il y a eu à la télévision hier, sur les amours du président, la garde-robe ou le dernier disque de la présidente, les accidents de voiture de Britney Spears. La plupart des citoyens ne connaissent ni la loi, ni le fonctionnement de la justice, des institutions, de leurs universités, ni la Constitution de leur Etat, ni la géographie du monde qui les entoure, ni le passé de leur pays, en dehors de quelques images d’Epinal.
Un des plus grands chefs d’orchestre dirige le Don Giovanni de Mozart. Le journaliste consacre l’interview à lui demander s’il n’a pas oublié son parapluie, en cas d’averse. Chanteurs, acteurs, sportifs bredouillent à longueur d’antenne, dans un vocabulaire approximatif, des idées reçues. Des guerres rayent de la carte des populations entières dans des pays peu connus. Mais les Français apprennent, grâce à la télévision, qu’un scout a eu une crise d’asthme.
Le plus important, ce sont les gens qui tapent dans des balles ou qui tournent sur des circuits. Après la Coupe de France de football, Roland-Garros, et puis le Tour de France, et puis le championnat d’Europe de football, et puis... Il y a toujours une coupe de quelque chose. (...) L’annonce de la non-sélection de Truc ou de Machin, enjeu national, passe en boucle sur France Info. Ça, c’est de l’information.La France retient son souffle. On diffuse à longueur d’année des interviews de joueurs. On leur demande s’ils pensent gagner. Ils répondent invariablement qu’ils vont faire tout leur possible ; ils ajoutent : « C’est à nous maintenant de concrétiser. » Ça, c’est de l’information.
On va interroger les enfants des écoles pour savoir s’ils trouvent que Bidule a bien tapé dans la balle, si c’est « cool ». Afin d’animer le débat politique, les journalistes se demandent si Untel envisage d’être candidat, pense à l’envisager, ne renonce pas à y songer, a peut-être laissé entendre qu’il y pensait. On interpelle les citoyens dans les embouteillages pour deviner s’ils trouvent ça long. Pendant les canicules pour savoir s’ils trouvent ça chaud. Pendant les vacances pour savoir s’ils sont contents d’être en vacances. Ça, c’est de l’information. A la veille du bac, on questionne une pharmacienne pour savoir quelle poudre de perlimpinpin vendre aux étudiants afin qu’ils pensent plus fort. (...) Dès qu’il y a une manifestation, une grève, un mouvement social, quels que soient ses motifs, les problèmes réels, pêcheurs, enseignants, routiers, c’est une« grogne ». Pas une protestation, une colère, un mécontentement, non, une grogne. La France grogne. Ça, c’est de l’information. (...)
La bêtise médiatique n’est pas un épiphénomène. Elle conduit une guerre d’anéantissement contre la culture. Il y a beaucoup de combats à mener. Mais, si l’industrie médiatique gagne sa guerre contre l’esprit, tous seront perdus.
Pierre JOURDE, Professeur à l’université Grenoble-III (Stendhal), La machine à abrutir, Le Monde diplomatique, Août 2008
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|  | | K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2393
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Sam 6 Sep - 11:21 | |
| Je suis moyennemet convaincu par ce texte, il se contente pour l'essentiel de répéter la critique lambda contre les media, sans voir qu'il en ait lui-même le propre fruit. C'est en effet la forme rationnalsante et arithmétisante même du medium qui a produit l'invention de ce qu'il croit menacé, la culture. La culture est en effet un processus de relativisme démocratique appliqué à toute oeuvre, artistique ou divertissante, permettant de désamorcer et d'absorber toute la puissance subversive des dites oeuvres. Ainsi voit-on des grands bourgeois de gauche dirent sur des plateaux de télévision que, quand même, Rimbaud est au-dessus de nous tous. Ou alors on nous annonce la création d'un son et lumière Van Gogh, pour que chacun puisse avoir sa part de culture. Plus qu'une machine à abrutir, les media sont avant tout une machine à niveller. C'est une logique et un caractère propre à tout media (cf. Mc Luhan, rebattu mais toujours pertinent), auquel aucun n'échappe. On a effectivement vu des gens se ruer sur Internet comme sur une terre promise, libre de tous les vices télévisuels. Or, pour l'essentiel, il n'en est rien. On peut prendre PM en exemple : la hiérarchie entre les différents sujets s'établit grâce au nombre de commentaires enregistrés. Ainsi le trombinoscope vaut-il plus que la guerre en Géorgie. Et le tout n'est qu'un emballage visant à vendre du temps de cerveau disponible à Bouygues :
Donc pour moi la critique de la machine à abrutir a bon dos et n'a absolument rien de spécifique aux media modernes, on a certainement pas attendu la télévision pour donner du divertissement aux basses classes. Il faut par contre être conscient du piège tragique que nous tend la logique médiatique, que tous peuvent critiquer mais que nul ne peut abolir. |
|  | | Pasdeparanoia Agitateur


Inscrit le : 12 Mar 2007 Messages : 2800
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 18:40 | |
| Evidement que ce n’est pas nouveau. Mais une piqure de rappelle ne fait pas de mal. On pourrait se laisser aller en croyant au journalisme de conversation, comme Pascal Riché, à rêver de l’échange horizontal, ouvert, interactif et itératif. Mais d’un autre côté, t’as toute la presse US qui vire à tour de bras, afin de mettre en ligne des vidéos, financées par les annonceurs. T’as une guerre financière engagée afin de contrôler le cloud computing. Et oui je préfère un mec qui prend la peine de prendre sa plume pour défendre la culture face aux publimédias. Regarde la jeunesse. Elle ne lit plus, se gave de SMS, de TV débile, n’a plus aucun sens de la culture classique. Sarko défonce Clève au profit de Sabatier, super. _________________ Wahou ! Elle est énorme ! |
|  | | Messaline Prêtresse de Sapho


Age : 21 Inscrit le : 13 Oct 2007 Messages : 2091
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 19:06 | |
| | Pasdeparanoia a écrit: | Regarde la jeunesse. Elle ne lit plus, se gave de SMS, de TV débile, n’a plus aucun sens de la culture classique. Sarko défonce Clève au profit de Sabatier, super. |
Moi je crois que c'est pas un problème de jeunesse, ça concerne pas mal de monde dans toute les classes d'âge. C'est une question d'éducation, c'est tout. |
|  | | K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2393
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 20:26 | |
| | Pour ce qui est de la dégradation de la culture, elle n'est pas spécifique à ma génération, malheureusement. Le rejet de la culture livresque traditionnelle date du mouvement de libération des vieux carcans qui a fait surface dans le conflit de génération de Mai 68. C'est cette révolte contre les contraintes et les médiations de l'ordre ancien et l'illusion que la liberté ne peut pas s'accompagner de contraintes qui a mené au diktat jeuniste actuel. C'est d'ailleurs le même raisonnement qui conduit au discrédit de toutes les formes d'autorité et de verticalité dans les rapports sociaux. |
|  | | Messaline Prêtresse de Sapho


Age : 21 Inscrit le : 13 Oct 2007 Messages : 2091
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 21:36 | |
| Heu... faut éviter d'idéaliser le passé; il est plus que probable que hier, aujourd'hui ou demain, beaucoup de gens considèrent que le fait de se cultiver est chiant et ne sert à rien. Mai 68 a vraiment été diabolisé ma parole!
Voici quelques extraits du Dictionnaire des idées reçues:
| Citation: | ACHILLE : Ajouter « aux pieds légers » ; cela donne à croire qu'on a lu Homère.
ANTIQUITÉ et tout ce qui s'y rapporte : Poncif, embêtant.
AUTEUR : On doit « connaître des auteurs » ; inutile de savoir leur nom.
BACCALAURÉAT : Tonner contre.
CENSURE : Utile, on a beau dire.
CHATEAUBRIAND : Connu surtout par le beefsteak qui porte son nom.
COLLÈGE, lycée : Plus noble qu'une pension.
CONCERT : Passe-temps comme il faut.
CRÉOLE : Vit dans un hamac.
CUJAS : Inséparable de Bartole ; on ne sait pas ce qu'ils ont écrit, n'importe. Dire à tout homme étudiant le droit : « Vous êtes enfermé dans Cujas et Bartole »
ÉPOQUE (la nôtre) : Tonner contre elle. Se plaindre de ce qu'elle n'est pas poétique. L'appeler époque de transition, de décadence.
ÉRUDITION : La mépriser comme étant la marque d'un esprit étroit.
EXCEPTION : Dites qu'elle confirme la règle. Ne vous risquez pas à expliquer comment.
FÉODALITÉ : N'en avoir aucune idée précise mais tonner contre.
FEUILLETONS : Cause de démoralisation. Se disputer sur le dénouement probable. Écrire à l'auteur pour lui fournir des idées. Fureur quand on y trouve un nom pareil au sien.
FIGARO ( Le Mariage de ) : Encore une des causes de la Révolution !
FRANÇAIS : Le premier peuple de l'univers.
FRANC-MAÇONNERIE : Encore une des causes de la Révolution ! Les épreuves de l'initiation sont terribles. Cause de dispute dans les ménages. Mal vue des ecclésiastiques. Quel peut bien être son secret ?
FUGUE : On ignore en quoi cela consiste, mais il faut affirmer que c'est fort difficile et très ennuyeux.
FULMINER : Joli verbe.
GENRE ÉPISTOLAIRE : Genre de style exclusivement réservé aux femmes.
GOTHIQUE : Style d'architecture portant plus à la religion que les autres.
GRAMMAIRIENS : Tous pédants.
HIÉROGLYPHES : Ancienne langue des Égyptiens, inventée par les prêtres pour cacher leurs secrets criminels. Et dire qu'il y a des gens qui les comprennent ! Après tout, c'est peut-être une blague ?
HOMÈRE : N'a jamais existé. Célèbre par sa façon de rire.
HUGO (VICTOR) : A eu bien tort, vraiment, de s'occuper de politique.
INFECT : Doit se dire de toute œuvre artistique ou littéraire que le Figaro n'a pas permis d'admirer.
INSTRUCTION : Laisser croire qu'on en a reçu beaucoup. Le peuple n'en a pas besoin pour gagner sa vie.
JANSÉNISME : On ne sait pas ce que c'est, mais il est chic d'en parler.
JOURNAUX : Ne pouvoir s'en passer mais tonner contre. Leur importance dans la société moderne. Ex. : Le Figaro . Les journaux sérieux : La Revue des Deux Mondes, l'Économiste, le Journal des Débats ! il faut les laisser traîner sur la table de son salon, mais en ayant bien soin de les couper avant. Marquer quelques passages au crayon rouge produit aussi un très bon effet. Lire le matin un article de ces feuilles sérieuses et graves, et le soir, en société, amener adroitement la conversation sur le sujet étudié afin de pouvoir briller.
KORAN : Livre de Mahomet, où il n'est question que de femmes.
LA FAYETTE : Général célèbre par son cheval blanc.
LATIN : Langue naturelle à l'homme. Gâte l'écriture. Est seulement utile pour lire les inscriptions des fontaines publiques. Se méfier des citations en latin : elles cachent toujours quelque chose de leste.
LITTÉRATURE : Occupation des oisifs.
LITTRÉ : Ricaner quand on entend son nom : « Ce monsieur qui dit que nous descendons des singes. »
LIVRE : Quel qu'il soit, toujours trop long.
MACHIAVEL : Ne pas l'avoir lu, mais le regarder comme un scélérat.
MAZARINADES : Les mépriser. Inutile d'en connaître une seule.
MÉTAPHYSIQUE : En rire : c'est une preuve d'esprit supérieur.
MUSICIEN : Le propre du véritable musicien, c'est de ne composer aucune musique, de ne jouer d'aucun instrument, et de mépriser les virtuoses.
MUSIQUE : Fait penser à un tas de choses. Adoucit les mœurs. Ex. : la Marseillaise.
NATURE : Que c'est beau la nature ! À dire chaque fois qu'on se trouve à la campagne.
NÈGRE : Il faut parler nègre pour se faire comprendre d'un étranger, quelle que soit sa nationalité. S'emploie aussi dans le style télégraphique.
OFFENBACH : Dès qu'on entend son nom, il faut fermer deux doigts de la main droite pour se préserver du mauvais œil. Très parisien, bien porté.
ORIGINAL : Rire de tout ce qui est original, le haïr, le bafouer, et l'exterminer si l'on peut.
ORTHOGRAPHE : Y croire comme aux mathématiques. N'est pas nécessaire quand on a du style.
OUVRIER : Toujours honnête, quand il ne fait pas d'émeutes.
PENSER : Pénible ; les choses qui nous y forcent sont généralement délaissées.
PHILOSOPHIE : Toujours en ricaner.
PIANO : Indispensable dans un salon.
POÉSIE (la) : Est tout à fait inutile : passée de mode.
POÈTE : Synonyme noble de nigaud ; rêveur.
PYRAMIDE : Ouvrage inutile.
ROMANS : Pervertissent les masses. Sont moins immoraux en feuilletons qu'en volumes. Seuls les romans historiques peuvent être tolérés parce qu'ils enseignent l'histoire. Il y a des romans écrits avec la pointe d'un scalpel, d'autres qui reposent sur la pointe d'une aiguille.
RUINES : Font rêver et donnent de la poésie à un paysage.
THÈME : Au collège, prouve l'application, comme la version prouve l'intelligence. Mais dans le monde il faut rire des forts en thème.
WAGNER : Ricaner quand on entend son nom, et faire des plaisanteries sur la musique de l'avenir. |
Il a été écrit par Flaubert entre 1850 et 1880, et vise notamment les attitudes et idées dites bourgeoises. Quand on me dit que les gens dénigrent la culture à cause de Mai 68, moi ça me fait doucement rigoler.
Le texte en entier est consultable ici: Lien
Après c'est plus facile de mettre tout sur le dos d'un événement plus ou moins honni, plutôt que d'accepter le fait qu'il y a toujours eu énormément de médiocres et de gens qui ne se donnent pas la peine. |
|  | | K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2393
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 21:53 | |
| | Je parlais du diktat jeuniste et du rejet des formes traditionnelles de culture. C'est un phénomène profond, engagé deouis longtemps déjà, Mai 68 n'en a été que la manifestation explicite et caricaturale. Tu sais aussi bien que moi que le coeur des événements, malgré le vernis social, c'était le conflit de génération. Je n'idéalise pas le passé, je crois que l'accès à la culture y était beaucoup plus restreint mais ce n'est pas là le problème, je parlais de la vision de la culture traditionnelle. Pour ce qui est de dénigrer l'époque, ce n'est pas parce que c'est un thème récurrent qu'il est dénué de nécessité ou même de vérité. Ce n'est certainement pas Flaubert qui dirait le contraire, le citer comme un Evangile a peu de rapport avec le sujet et aurait de toute façon tendance à me donner raison. |
|  | | Messaline Prêtresse de Sapho


Age : 21 Inscrit le : 13 Oct 2007 Messages : 2091
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 23:23 | |
| Ne me prête pas des réactions qui ne sont pas les miennes; je cite Flaubert non comme un évangile, mais comme un contre-exemple au vu de ce que tu as dit sur Mai 68. D'ailleurs ça m'a permis d'avoir une explication plus détaillée de ce que tu voulais dire.
Je voulais juste montrer, suite à ta remarque, que quels que soient l'époque et le milieu social et économique, un accès facilité à la culture ne signifie pas automatiquement une plus grande culture, d'ailleurs c'est bien là le problème. Le dénigrement provient moins d'un conflit entre les générations que de l'éducation.
Et je ne peux pas m'empêcher que si la télé est devenue une machine à abrutir à certains égards, c'est parce que beaucoup de ses spectateurs, âges et catégories sociales confondus, le veulent. Tu penses! Quand les gens continuent à demander, ce serait con d'arrêter de vendre! |
|  | | K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2393
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Lun 8 Sep - 23:34 | |
| | Messaline a écrit: | Ne me prête pas des réactions qui ne sont pas les miennes; je cite Flaubert non comme un évangile, mais comme un contre-exemple au vu de ce que tu as dit sur Mai 68. D'ailleurs ça m'a permis d'avoir une explication plus détaillée de ce que tu voulais dire.
Je voulais juste montrer, suite à ta remarque, que quels que soient l'époque et le milieu social et économique, un accès facilité à la culture ne signifie pas automatiquement une plus grande culture, d'ailleurs c'est bien là le problème. Le dénigrement provient moins d'un conflit entre les générations que de l'éducation.
Et je ne peux pas m'empêcher que si la télé est devenue une machine à abrutir à certains égards, c'est parce que beaucoup de ses spectateurs, âges et catégories sociales confondus, le veulent. Tu penses! Quand les gens continuent à demander, ce serait con d'arrêter de vendre! |
Bah justement pour moi la télévision, et la plupart des media en général, ne sont pas que des machines à abrutir. Se contenter de dire que la télévision ça rend crétin c'est, à mon sens, passer à côté de la véritable spécificité des media d'être, comme je disais, des machines à niveller, à tout mettre sur le même niveau. En dehors du besoin d'abrutissement du néo-prolétariat et de celle d'en profiter des bourgeois créatifs, la télévision porte en elle une logique propre, qui dépasse l'intention de ses agents et sujets. C'est battu et rebattu mais le célèbre Medium is message de McLuhan me paraît plus pertinent que jamais. C'est ça la spécificité de la télévision, bien plus que le mécanisme d'abrutissement par le divertissement, qui n'a rien de particulier à l'époque. |
|  | | Pasdeparanoia Agitateur


Inscrit le : 12 Mar 2007 Messages : 2800
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Mar 9 Sep - 9:52 | |
| Mais personne ne prétend que ce n’est que cela. Le fait est que c’est tout de même sa fonction principale, jouant des mécanismes psychiques afin d’y faire entrer l’idée formidable de consommer plus de merdes. Et ce n’est pas réellement une volonté des téléspectateurs mais l’implacable résultat d’études de comportements qui nous apprennent que le cerveau retient mieux les scènes de violence, que le désir sexuel entraine l’acte d’achat, et j’en passe. La TV nous tripote là où ça fait mal. Et je ne crois pas que beaucoup en soient conscients. Juste conscients de céder à la facilité, sans trop savoir où ça mène, sinon bien souvent au lit avec la tête vide. Orange lance un gros média, il faut voir la programmation pour se rendre compte que l’offre est essentiellement tournée vers le sport et le divertissement. Pas sur l’émancipation des masses. _________________ Wahou ! Elle est énorme ! |
|  | | K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2393
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Mar 9 Sep - 11:20 | |
| | C'est normal, l'émancipation intellectuelle demande un certain degré de liberté face aux déterminismes matériels, ce que seuls les bourgeois peuvent se permettre. Mais le mécanisme 'abrutissement n'est pas réductible aux rapports de domination. Il y aussi dans l'asservissement aux media une forme très profonde d'abrutissement et de servitude volontaire. L'homme, peu importe sa classe, a tendance à fuir sa vie et sa liberté, c'est le principe même du divertissement, seulement la Technique lui en donne des moyens de plus en plus élaborés, lui permettant à terme de réaliser son fantasme d'être une larve hypnotisée par un écran, sous perfusion de nutriments (l'objet en soi de la paille pour boire m'a toujours semblé significatif de cette tendance lourde à redevenir un bébé, ou une mouche) et ne vivant que grâce à des impulsions nerveuses de rire, de sexe et de violence. Alors si c'est ça son propos, oui, je considère l'homme avachi sur son pouf, hypnotisé par Secret Story, comme le symbole du suicide de l'humanité par la Tecnique. |
|  | | Pasdeparanoia Agitateur


Inscrit le : 12 Mar 2007 Messages : 2800
 | |  | | Ady Saltimbanque.

Age : 21 Inscrit le : 27 Juin 2007 Messages : 1282 Localisation : Essonne
 | Sujet: Re: La machine à abrutir. Jeu 11 Sep - 16:51 | |
| Cet été, j'ai lu des textes d'inspiration de Bourdieu, que je ne connaissais pas. J'adère énormément à ses thèses. En approfondissant un peu sur lui, je vois qu'il a fait une critique des médias assez radicale :
Sociologie des médias (ne pas hésiter à se renseigner davantage sur l'habitus) _________________ Travaille à contrer Babylone Obéit à ton esprit Consomme le strict minimum et Oublie tout ce qu'on t'as appris Insiste, persiste, résiste, existe ! |
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