K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2393
 | Sujet: Communauté, identité, hospitalité Mar 10 Avr - 20:59 | |
| | Citation: | Communauté, identité, hospitalité.
Michel Onfray, Argentan (Orne), Lundi de Pâques.
A New York, après un tour de vélo dans Manhattan avec mon ami sculpteur Alain Kirili chez qui j'ai passé deux jours avant ma semaine de conférences à Boston, nous parlons, bien évidemment, des élections et du climat politique en France. Alain qui réside avec sa femme photographe Ariane Lopez-Huici depuis plus d'un quart de siècle aux États-Unis, s'étonne que « communautarisme » passe pour un gros mot en France et pense que l'avenir de notre vieux pays suppose justement un emprunt à cette façon américaine de procéder.
De fait, dans le pays de Rousseau (le Suisse) et de Robespierre, la République est présentée comme l'antithèse du communautarisme. L'une détruirait l'autre. Si l'on veut réaliser une souveraineté indexée sur l'intérêt général en visant le bien public, alors, nous disent les petits fils de Jean Jacques, il faut intégrer la diversité, mais sur le mode de l'ingestion, puis de la digestion.
Pour le dire autrement, la République française aime les Nègres, certes, mais surtout quand ils sont blancs – comme jadis Léopold Sedar Senghor. Elle défend les minorités sexuelles, bien sûr, mais pourvu qu'elles ne sortent pas la tête de l'eau et ne revendiquent pas un traitement égalitaire avec les hétérosexuels. Elle prend le parti des marges, pour sûr, mais elle les veut ralliées à son centre, en ordre de marche. La République, dans l'histoire, a trop souvent perçu le Divers -cher au coeur de Victor Segalen – comme une menace plus que comme une chance.
Un regard dans le rétroviseur de l'Histoire témoigne malheureusement en ce sens : en France les communautés sont considérées comme des ferments de décomposition de la communauté et non comme des chances pour la constituer. D'où la récente proposition lancée par Nicolas Sarkozy de créer un « Ministère de l'Immigration et de l'identité nationale » un projet qui, sur le fond, suppose plus l'immigration comme une menace pour la France (éternelle donc, idée de la raison pure platonicienne ou kantienne...) que comme une chance.
Je réponds à Alain Kirili qu'aux États Unis, me semble-t-il, la communauté ne se joue pas contre le drapeau, mais avec lui, pour lui : aux USA on peut revendiquer sa fierté d'origine – irlandaise, africaine, européenne, asiatique, etc...- mais rarement (pour ce que j'en aperçois) cette revendication se double d'un mépris de l'Union Jack ou d'une détestation de l'hymne national. On est black et américain, sans que l'un interdise l'autre. Car les États-Unis pensent leur identité en devenir, en regardant le futur, pendant que les français la conçoivent en référence au passé, dans le souci de figer, fixer un temps mort qu'ils voudraient perpétuer en un bloc de marbre avec lequel on construit les monuments et les temples, comme si l'histoire n'existait pas.
De fait, en France, la revendication communautaire – Maghreb, Afrique noire, Antilles...- peut se faire en haine de la France, ancienne puissance coloniale, jadis république colonisatrice, longtemps dispositif intégrationniste sans état d'âme, aujourd'hui encore si peu fraternelle pour les minoritaires . D'où un refus du drapeau tricolore laissé aux troupes de Jean-Marie Le Pen, ou aux hordes de supporters de football les soirs de liesses victorieuses, d'où également une Marseillaise sifflée dans les stades ou ostensiblement non chantée par l'essentiel d'une équipe de France bouche cousue qui , certes, ne possède pas de très anciens quartiers de noblesse gauloise sur le territoire national, mais contient dans son arbre généalogique nombre victimes de la République vécue comme une machine à broyer le Divers.
Dès lors, comment penser le Divers en France aux premières heures de ce nouveau millénaire, forcément mondialisé, cosmopolite, multiculturel, multiracial ? Quid des communautés et de leur avenir dans la République ? Pathogènes (pour quoi ou qui) ou ferments (pour qui ou quoi) ? Comment penser la différence en dehors d'un modèle intégrationniste sur le mode négateur des marges qui a trop fait pour discréditer l'idéal généreux de la révolution française ? Le communautarisme est l'essence du mode politique américain qui s'est constitué par agrégats multicolores, cristallisations de diversités, concentrations du meilleur des potentialités des arrivants, hospitalités anarchiques : aux USA, plus le communautarisme produit ses effets, plus l'identité se constitue et se solidifie; en revanche, en France, plus il produit ses effets, plus l'identité perçue comme le dogme d'une religion laïque semble se déliter... La solution n'est ni dans l'imitation (version BHL) ni dans la récusation (version Régis Debray) du modèle américain, mais dans la constitution d'une pensée de l'hospitalité (version Jacques Derrida ou René Schérer, lire ou relire son Zeus hospitalier) à même de fédérer une nouvelle acception de la République entendue comme « chose publique », règle du jeu d'une communauté nécessaire et nouvelle, cartographie d'un bien public et d'un intérêt général conçus à de nouveaux frais. Une République post-républicaine – libertaire, j'y tiens et y reviendrais ... Le risque du communautarisme américain est dans la cristallisation des déchets de ce patron- comme on dit en couture... - dans des ghettos, ainsi les blacks, les latinos entre autres ; et, paradoxalement, le risque du républicanisme français vieille façon – de Léon Gambetta à Alain Finkielkraut -, bien qu'aux antipodes de la méthode américaine, est également dans la constitution de mêmes ghettos tout aussi dommageables pour la communauté car ils prouvent la faillite d'un monde dans lequel l'hospitalité n'a pas encore trouvé sa nécessaire formule globale, planétaire, alter mondialiste. Car dans l’hospitalité on ne peut donner et partager que ce que l’on a, pas ce que l’on rêve, encore moins ce que l’on fantasme. Vérité de La Palice, certes, mais elle gagne toujours à être rappelée.
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Un petit texte de Michel Onfray sur son blog, avec lequel on peut ne pas être d'accord, à vous de juger. |
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Savinien Roquet.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2084
 | Sujet: Re: Communauté, identité, hospitalité Sam 28 Avr - 0:51 | |
| Chepa mais je crois qu'il idéalise un peu trop le communautarisme US. J'y vois tout de même de gros points faibles:
D'abord, aux USA, on vit bien plus au sein d'une communauté définie qui possède un esprit, une mentalité particulière. Nous sommes souvent loin de l'image idyllique des films : les noirs restent entre noirs, les blancs entre blancs etc. Ensuite, il y a une hiérachisation latente de ces communautés avec au sommet les WASP. Bref, ça ne me donne pas vraiment l'impression d'un communautarisme fédérateur mais plutôt une mosaïque de groupes humains.
Lorsqu'il parle de la haine de la France ressentie par certaines communautés, il oublie que ce sentiment est latent au sein de la communauté afro-américaine et se dévellope dans d'autres groupes.
Je pense qu'il oublie aussi que se dévellope aux USA un communautarisme revendicateur non seulement de lobbys comme en Europe (homos par exemple) mais également religieux (comment ne pas évoquer les créationistes) et tout ces mouvements.
Donc, j'ai un peu l'impression que pour le coup, il se fait une idée fausse des USA mais à bien vu le problème français.
PS: Mimi, l'Union Jack, c'est la Grande Bretagne ! |
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