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| | La valeur de la théologie | |
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| Auteur | Message |
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K. Gourou.

Inscrit le : 08 Mar 2007 Messages : 2322
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 0:14 | |
| Comment "sais"-tu cela ? _________________ "Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. Rien ne me fera reculer." S. Royal, Live au Zénith de Paris. |
|  | | zongo Ermite.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2389
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 2:02 | |
| | K. a écrit: | | C'est pas plus une croyance de dire que l'esprit existe que de dire qu'il n'existe. Ni l'un ni l'autre ne peuvent être démontrés. La science elle-même est une croyance. Elle en reprend d'ailleurs une des caractéristiques principales, le refus de s'assumer en tant que croyance et la volonté de se poser comme seule grille valable d'interprétation du réel et d'accès à la vérité. La seule position raisonnable me semble être le doute et donc l'agnosticisme. |
Les matérialistes ne nient pas l'existence de l'esprit (à une époque différent de l'âme puisque situé physiologiquement ailleurs selon les anciens). Ils disent juste que c'est une des nombreuses manifestation de la matière. Pas de pensée sans support matériel, donc pas de métaphysique non plus !  _________________ "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie." Arthur C. Clarke |
|  | | zongo Ermite.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2389
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 2:17 | |
| | Infinity a écrit: | | zongo a écrit: | | Infinity a écrit: | | zongo a écrit: | | Il n'y a pas besoin d'argumenter l'affirmation suivant laquelle la prière n'influe pas positivement sur la guérison des maladies. Il a simplement fallu se poser la question et mettre en scène les conditions idéales pour une expérimentation en laboratoire (en l'occurrence ici à l'hôpital). Les résultats parlent d'eux-mêmes. |
lol oui en effet mais tu m'expliqueras comment on peut expérimenter sur Dieu, sur l'âme et plus généralement sur le domaine spirituel. tes résultats ne seront jamais que des résultats portant sur la matière et non sur l'esprit. |
C'est normal puisqu'il n'y a que de la matière  |
tu m'expliqueras comment le langage, l'intelligibilité peut sortir de la matière. bon courage; entre autre c'est ce que Nietzsche (athée vous le savez tous) reprochait aux matérialistes : ils se réfugient tellement dans la matière qu'ils ne peuvent plus expliquer l'animé et l'intelligible. en bref s'il n'y avait que de la matière, tu ne pourrais même pas prononcer le mot "matière" ni aucun mot d'ailleurs; puisque le mot matière veut dire deux choses : 1. une signification matérielle, à savoir le son "a", le son "i", le son "è" et les consonnes, 2. une signification intelligible, à savoir l'idée à laquelle renvoie les sons qui composent le mot matière. et précisément le deuxième point ne pourra jamais être expliqué en partant du postulat matérialiste "il n'existe que de la matière", postulat qui est métaphysique et non scientifique je précise.
ceci verra toujours le triomphe de l'idéalisme et la défaite du matérialisme - en métaphysique -, car il est bien évident qu'un scientifique ne peut avoir qu'une attitude matérialiste. A lui d'en dessiner ensuite les contours et de laisser place à l'idée, laquelle lui sert constamment puisqu'une théorie scientifique se situe toujours dans le domaine du langage et non dans le domaine de la matière.
à l'inverse, la position idéaliste rencontre des difficultés à expliquer l'émergence de la matière, de l'informe, à partir du Logos, qu'il soit le Verbe divin ou une forme non chrétienne de logos. Mais moi personnellement, je trouve par exemple la position de Plotin assez pertinente pour expliquer la matière, résidu de la procession de l'Un à l'Âme. A vrai dire les matérialistes s'enferment souvent dans des idées reçues ou des critiques stériles de la religion et du spiritualisme, et donc ils ne viennent jamais ou presque discuter sur le terrain métaphysique afin de montrer que le langage peut émerger de la matière. Quelques uns l'ont tenté, Lucrèce, Schelling, Lacan etc. mais aucun n'a achevé son oeuvre.
A propos du pourquoi, vous n'avez fait que des affirmations très imprécises qui ne montrent pas grand chose. Si le pourquoi c'est le sens et la finalité, et le comment la description mécaniste, je vois mal comment la dichotomie pourra un jour disparaître puisque la science est a-finaliste et formellement insuffisante à donner un sens. C'est tout le problème du Boson de Higgs ou Particule de Dieu, problème qui me fait bien marrer d'ailleurs puisque les métaphysiciens idéalistes l'ont résolu depuis un bout de temps à mon avis et qu'il faut passer à autre chose maintenant. |
Je ne m'y connais pas trop mais il me semble que de toute façon les matérialistes sont peu intéressés par la métaphysique. Ils ont plutôt tendance à se préoccuper d'éthique. Ou alors leur métaphysique est une sorte de physique fantasmée puisque encore inexistante au niveau des savoirs. Je pense à la cosmologie des matérialistes grecs, au klinamen, aux simulacres. Et finalement ces notions se rapprochent étrangement de ce que l'on a fini par découvrir expérimentalement et théoriquement au XXème siècle.
L'idée de Plotin que tu cites est très jolie et certainement très vraie d'un point de vue théologique, mais en attendant elle ne nous a pas permis de mieux nous renseigner sur la nature de notre univers et son sens est toujours le même aujourd'hui qu'à l'époque où cela a été écrit. Du point de vue du savoir, c'est très décevant. Et d'un point de vue pratique encore plus.
C'est peut-être d'ailleurs pourquoi dans le monde il y a plus de scientifiques que de théologiens ? Quitte à faire de longues études très poussées dans le but d'expliquer la nature, les gens ne préfèrent-ils pas tout naturellement emprunter la voie comportant le plus de débouchés ? Je ne parle pas de plan de carrière mais de débouchés sur la connaissance de la nature. _________________ "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie." Arthur C. Clarke |
|  | | Savinien Roquet.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2071
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 3:35 | |
| | Citation: | | C'est peut-être d'ailleurs pourquoi dans le monde il y a plus de scientifiques que de théologiens ? Quitte à faire de longues études très poussées dans le but d'expliquer la nature, les gens ne préfèrent-ils pas tout naturellement emprunter la voie comportant le plus de débouchés ? Je ne parle pas de plan de carrière mais de débouchés sur la connaissance de la nature. | Pour moi, les véritables scientifiques sont très peu nombreux et un tire universitaire ne suffit pas à faire d'une personne, un scientifique, ça lui donne à peine un aperçu de la somme de savoir qu'elle devra emagasiner (ne le prend pas mal Beld). Pour les débouches sur la connaissance de la nature, je pense que tu raisones uniquement en matérialiste là car les philosophes/théologiens d'autres orientations peuvent en voir dans leurs domaines
D'un autre côté, j'ai envie de dire que la façon dont est présentée la science dans notre société est un peu ce que Kolia disait je pense et donc, au final, ferme d'emblée nombre de portes. C'est regrettable car ça nuit, pour moi, à la science elle même : ça pose l'individu sur des rails. Et pour illustrer, ça, j'ai envie de prendre Einstein et sa théorie de la relativité : il est justement sorti des rails. | Citation: | | Je n'enlève pas à la science sa valeur, je la relativise. Ca me semble nécessaire, dans un monde qui ne reconnaît plus que l'auorité, toujours plus totalisante et oppressante, de la science. | C'est un sujet fort intéressant que tu rappelles je trouve et qu'il serait intéressant d'aprofondir. Je me trompe peut-être mais depuis quelques temps (la fin du XIXième?), j'ai l'impression que c'est devellopé une croyance en la science miraculeuse décrivant et résolvant tout, en particulier dans les sciences humaines et l'homme. Je me demande même si la science a réellement intérêt à approfondir certains sujets. Je ne pense pas du tout à la croyance mais à d'autres choses qui caractérisent bien plus l'être humain : l'explication des sentiments qui ne sont (je souligne car c'est présenté ainsi) qu'un échange chimique etc. Ce sont des idées fausses car incomplètes : si les phénoèmnes chimiques jouent un rôle certain, il n'a jamais pu être quantifié et d'autres phénomènes psy jouent un grand rôle. Seulement voilà, ce genre d'idées, vulgarisées, rentrent dans la tête des gens car présentée de façon scientifique (un ricain avait fait un canular pour prouver ça jepense). enfin tout un ensemble de choses qui me font penser à Galactika. (désolé, abus de café)
Karg, on le voit avec la météo  |
|  | | beld Schtroumpf Prof'


Inscrit le : 05 Mai 2007 Messages : 3455
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 8:43 | |
| | Citation: | | Ca me semble nécessaire, dans un monde qui ne reconnaît plus que l'auorité, toujours plus totalisante et oppressante, de la science. Mais je comprend bien qu'en tant que fonctionnaire de la cause tu ne puisse pas décemment te permettre de la remettre, étant toi-même l'équivalent moderne du prêtre du Moyen-Age. |
Oui mais... non ! Je ne m'exprime pas ici en tant que grand prêtre officiel de la science, mais plutôt comme un amoureux de l'honneteté intelectuelle. Dire que le monde est régi par des lois mathématisables est un postulat de départ de la physique, mais le jour où des expériences montreront qu'il est inadapté il sera abandonné, c'est bien là la différence avec une croyance.
La science cherche à trouver des théories réfutables qui collent avec le réel, la croyance cherche à coller le réel avec des théories irréfutables.
Aller, je retourne à mon diner de con moi  |
|  | | Infinity modérateur


Age : 19 Inscrit le : 01 Juil 2007 Messages : 1060 Localisation : près de Toulouse
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 10:59 | |
| | Citation: | | Je ne m'y connais pas trop mais il me semble que de toute façon les matérialistes sont peu intéressés par la métaphysique. Ils ont plutôt tendance à se préoccuper d'éthique. Ou alors leur métaphysique est une sorte de physique fantasmée puisque encore inexistante au niveau des savoirs. Je pense à la cosmologie des matérialistes grecs, au klinamen, aux simulacres. Et finalement ces notions se rapprochent étrangement de ce que l'on a fini par découvrir expérimentalement et théoriquement au XXème siècle. |
Epicure etc. sont de grands métaphysiciens. Inférieurs pour moi à Platon, mais c'est une question de tempérament. Sinon, Héraclite aussi a été confirmé par la science, et encore d'autres. D'un autre côté, tous les mathématiciens sont Platoniciens ou presque. Donc ça ne veut pas dire grand chose à part ceci , qui est néanmoins fondamental : chaque science possède sa métaphysique correspondante. Sinon, c'est normal que les matérialistes ne s'occupent pas de métaphysique vu que sur ce terrain il est excessivemetn difficile d'adopter leur point de vue. La preuve en est de ce que tu as dit plus haut; et que j'attendais : "la pensée est un épiphénomène de la matière". Cela est tout à fait insuffisant pour expliquer l'émergence du langage, ce n'est qu'évacuer le problème d'une manière commode.
| Citation: | | L'idée de Plotin que tu cites est très jolie et certainement très vraie d'un point de vue théologique, mais en attendant elle ne nous a pas permis de mieux nous renseigner sur la nature de notre univers et son sens est toujours le même aujourd'hui qu'à l'époque où cela a été écrit. Du point de vue du savoir, c'est très décevant. Et d'un point de vue pratique encore plus. |
L'idée de Plotin a été approfondie par des millénaires de philosophie. Mais en fait tu as raison, il n'y a pas de loi du progrès en philo, mais en science c'est un peu pareil (bon là j'identifie théologie rationnelle et philo, mais parfois la limite entre philo et théologie est mince quand il s'agit de parler de Dieu). En science il y a surtout des révolutions, des changements de paradigme, et là ce que je vais dire est très important et reprend ce que dit Beld : Galilée n'a pas plus raison que Ptolémée, c'est simplement que l'hypothèse de Galilée sur le monde permet d'expliquer et de mettre en relations beaucoup de choses que le système de Ptolémée ne peut relier. On choisit donc une hypothèse en fonction de son pouvoir prédictif. En métaphysique c'est un peu pareil, on choisit le système qui explique le mieux la formation du savoir et la constitution intérieure du monde. Et cela fait l'objet de débat, ce n'est pas affaire de goût.
| Citation: | | C'est peut-être d'ailleurs pourquoi dans le monde il y a plus de scientifiques que de théologiens ? Quitte à faire de longues études très poussées dans le but d'expliquer la nature, les gens ne préfèrent-ils pas tout naturellement emprunter la voie comportant le plus de débouchés ? Je ne parle pas de plan de carrière mais de débouchés sur la connaissance de la nature. |
Il n'y a peut-être pas beaucoup de théologiens purs (ce qui se comprend puisque cela sous-tend un cadre religieux, l'étude d'un texte sacré etc) mais il y a pas mal de philosophes, bien que la majorité ait abandonné la métaphysique, notamment à cause de Kant et Nietzsche et leurs successeurs. _________________ « La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit, N'a pour elle-même aucun soin, – ne demande pas : suis-je regardée ? » Angelus Silesius |
|  | | karg se Ayatollah


Age : 26 Inscrit le : 11 Mai 2007 Messages : 2339 Localisation : Cestas
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 11:43 | |
| | Citation: | | Karg, on le voit avec la météo | indéterminisme, rien à voir avec la méthaphysique, c'est seulement le fait qu'un système n'ai pas anticipable même si on connait tous les éléments qui le compose. On ne peut pas déduire les propriétés de l'eau à partir de celle de l'oxygène et de l'hydrogène. _________________ Pour les sociétés prises isolément comme pour la communauté mondiale, le dépérissement de l'État n'est pas le prélude à l'utopie, mais l'avant-garde du désastre
Francis Fukuyama, State building ,2004 |
|  | | beld Schtroumpf Prof'


Inscrit le : 05 Mai 2007 Messages : 3455
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 11:55 | |
| Je dirais plutôt chaos déterministe.  |
|  | | karg se Ayatollah


Age : 26 Inscrit le : 11 Mai 2007 Messages : 2339 Localisation : Cestas
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 12:16 | |
| chaos déterminisme? tu définit ça comment, à ma connaissance la théorie du chaos explique l'indéterminisme des système. T'es plus calé que moi en physique, j'attends votre explication Beld sensei _________________ Pour les sociétés prises isolément comme pour la communauté mondiale, le dépérissement de l'État n'est pas le prélude à l'utopie, mais l'avant-garde du désastre
Francis Fukuyama, State building ,2004 |
|  | | zongo Ermite.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2389
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 14:39 | |
| @Infinity :
La seule explication qui tienne le coup dans l'émergence du langage, c'est la nécessité. Ou alors je n'ai pas très bien compris ce que tu veux dire par "expliquer l'émergence".
A ce propos, je dirais même que la nature profondément matérialiste de la science lui permet de mettre en parallèle l'émergence du langage chez l'homme et chez n'importe quel animal, souvent plus facile à étudier dans le cas des abeilles par exemple. Le fait que les matérialistes n'excluent pas l'homme du reste de la nature offre à la science un champ d'étude comparative bien plus vaste que la théologie.
Sinon je suis d'accord avec ce que tu as dit sur les hypothèses scientifiques. Ce ne sont pas des vérités mais des réflexions qui nous permettent une compréhension du monde plus fluide et plus cohérente, en attendant qu'une autre hypothèse vienne la remplacer historiquement.
Mais en général ces hypothèses n'arrivent pas au hasard dans la tête des chercheurs. Dans le cas des astronomes puisque tu as cité Galilée, les hypothèses sont précédées d'observations, de mise en relation de phénomènes et de calculs, et aussi de la confrontation avec les données précédentes. Et dans ce cas il y avait déjà de quoi faire avec les travaux de Copernic, Bruno et Kepler. Finalement je trouve que la science est très sensualiste, elle passe par l'examen du réel par nos sens (et par leurs extensions technologiques) pour se constituer, ou carrément par la pratique comme dans le cas de la géométrie par exemple.
Quant aux changements de paradigme - mais c'est un peu hors-sujet, j'ai de plus en plus tendance à penser que ceux-ci sont plus fluides que je le pensais à une époque. Un de mes profs aux Arts-Déco avait d'ailleurs commis un livre sur les évolutions du paradigme technologique en parlant de "sauts quantiques" assez importants d'un paradigme à l'autre". Cependant, quand on étudie un peu l'histoire des idées et des inventions, on voit que les influences sont multiples, croisées, et que les changements de paradigmes ne se font pas du jour au lendemain. Il y a toujours des résistances, des inerties, d'autant plus que les travaux de certains scientifiques ne déclenchent pas d'effets immédiats car ils sont très mal diffusés ou carrément ignorés.
Tu conclues qu'il n'y a pas de progrès en science parce qu'il y a des révolution. Avec ce que j'ai dit plus haut, je crois que je peux dire que je ne souscris pas vraiment à la notion de révolution scientifique d'une manière générale. _________________ "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie." Arthur C. Clarke |
|  | | Infinity modérateur


Age : 19 Inscrit le : 01 Juil 2007 Messages : 1060 Localisation : près de Toulouse
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 15:05 | |
| pour l'émergence du langage : la nécessité est une explication insuffisante et c est celle des matérialistes. mais elle est loin d'aller de soi, puisque le langage peut être dangereux (cf Nietzsche).
alors que dans un cadre idéaliste, qui présuppose le langage, il y a à mon sens moins de problèmes pour expliquer l'émergence de la matière, comme reliquat de l'esprit même si je comprends que ça puisse être insuffisant.
si la science est matérialiste, en revanche elle n'est pas du tout sensualiste ou empiriste pour la raison simple qu'il n'existe pas d'expérience pure et que le scientifique a toujours une idée du problème avant d'appréhender des faits. chaque chose que tu vois dans ta vie, tu l'appréhende avec un réseau de sens constitué. tu vois un lit, tu penses : objet pour dormir, pour inviter ma copine etc. tu vois le soleil qui se lève, tu penses : la luminosité va augmenter, il va faire plus chaud, les gens vont sortir dans la rue, etc. et ceci pour toutes tes expériences ou presque, et les expériences incompréhensibles ne le deviendront que lorsque tu auras inventé une théorie. ainsi tu pourras questionner ta théorie avec l'expérience en question.
de plus, un scientifique raisonne, et le raisonnement pur a un commencement et une fin, des premiers et des derniers termes, or ces termes ne peuvent être le fruit de raisonnement, sous peine de régresser à l'infini. Donc il faut que ces termes ne soient pas issus du raisonnement discursif mais de l'intuition, donc elles arrivent plus ou moins par hasard dans la tête des chercheurs. par exemple les axiomes sont indémontrables et il faut bien en choisir pour faire des maths. Il faut donc faire appel non pas à une démonstration discursive, laquelle présupposerait à son tour des axiomes, mais à l'intuition.
toute l'épistémologie d'aujourd'hui et du XXè siècle est "aprioriste" et a dépassé le sensualisme/empirisme car les penseurs ont compris que la sensation ne faisait que dire "oui" ou "non", et donc elle ne fait pas sens, c'est le problème posé qui fait sens et auquel la sensation répond oui ou non.
Koyré : "une bonne physique est une physique faite a priori". (Du monde clos à l'univers infini) Popper : "la théorie précède le fait" ; "95% du savoir de l'homme est a priori". (La logique de la découverte scientifique ; Un univers de propension) Bachelard : "rien n'est donné, rien ne va de soi, tout est construit". (La formation de l'esprit scientifique)
et Kant déjà : "nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes." (CRP, Préface)
et pourtant, ces auteurs sont ... matérialistes (et rationalistes, donc).
chaque fois que la science a fait un bond en avant, c'est lorsqu'elle a été rationaliste : les Grecs ont inventé la géométrie; Galilée a révolutionné la physique et il a dit "la nature est un livre écrit en langage mathématique", Einstein a révolutionné la physique à nouveau et sa vision du monde était foncièrement idéaliste, etc. _________________ « La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit, N'a pour elle-même aucun soin, – ne demande pas : suis-je regardée ? » Angelus Silesius |
|  | | zongo Ermite.

Inscrit le : 10 Mar 2007 Messages : 2389
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 16:33 | |
| Il y a des tas de capacités et de compétences qui s'avèrent dangereuses et qui sont très clairement liées à la nécessité. Qu'il s'agisse de savoir sauter d'une branche d'arbre à une autre pour pouvoir échapper à un ennemi ou que l'on parle de la reproduction humaine naturelle (avec un très fort taux de mortalité à la clé), je ne vois pas vraiment ce qui lie la nécessité à la dangerosité. Hmm en fait si je vois bien, mais selon moi si il y a du danger à utiliser une capacité, alors c'est que celle-ci n'est pas maîtrisée correctement. C'est sans doute le cas du langage, comme celui de la puissance en général.
Je ne suis pas d'accord avec toi sur le sensualisme, les sensualistes savent qu'ils parlent de leurs sens et non de ceux de leur voisin. Néanmoins c'est leur seule capacité pour comprendre et interpréter le réel et il s'avère par expérience qu'elle est redoutablement efficace lorsque les résultats sont comparés à des fins de méta-analyse. De plus les scientifiques ne sont pas nécessairement déjà convertis à leur propre croyance avant d'avoir expérimenté par eux-mêmes. Cela arrive mais ce n'est pas une nécessité intrinsèque à la méthode scientifique. Comme je le disais, les hypothèses ne sortent pas d'un chapeau mais se fondent sur un savoir antérieur. Enfin, et c'est le point le plus important - les expériences ont le mérite d'être reproductibles à l'infini par quiconque le désire - contrairement aux expériences mystiques, ce qui permet de niveler considérablement toute part subjective d'un protocole expérimental.
Ta démonstration de régression à l'infini est intéressante, elle rappelle celles de Thomas d'Aquin pour prouver l'existence de Dieu si ma mémoire est bonne, ou tout du moins d'une cause incausée. Premièrement, je ne vois pas pourquoi le postulat selon lequel Dieu lui-même échapperait à cette régression peut être affirmé sans être démontré. Deuxièmement, si, l'on admet qu'il y a bien une cause incausée et/ou un moteur immobile, alors pourquoi l'appeler Dieu - et de surcroît lui prêter une conscience et une volonté - alors qu'on peut réduire ce phénomène à une hypothèse matérialiste telle que le big bang ? Troisièmement, certaines régressions arrivent à une fin naturelle. Dire que Dieu est la seule alternative à cette régression est effectivement un argument de l'idéalisme puisqu'il ne se soucie pas du réel. Pourtant, l'atomisme montre bien que la régression de la matière n'est pas infinie et que Dieu n'a rien à voir là-dedans.
Tes citations sur l'a-priori sont aussi intéressante et ne m'étonnent pas du tout. Elles montrent que dans la communauté scientifique, on prend pour acquis un résultat qui a fait ses preuves, qui a été débattu en long, en large et en travers, qui a été expérimenté à de nombreuses reprises par de nombreuses personnes, etc. Il est évident qu'un chimiste, s'il a besoin d'un catalyseur pour une réaction, ne va pas non plus remettre en question la composition de ce catalyseur ni le fonctionnement de la réaction chimique. Il se contente de la tenir pour acquise car c'est une réaction qui s'enseigne à l'école. Si tous les gestes de laboratoire et le respect de certains résultats déjà démontrés viennent grossir le pourcentage de l'a-priori, alors le chiffre de 95% de Popper paraît réaliste.
Quant à l'intuition, elle est indéniable mais elle me semble être une capacité tout aussi naturelle que celle de sauter d'une branche d'arbre à une autre, soit le résultat de la nécessité de l'adaptation à son environnement. Je ne vois pas du tout le rapport avec le divin. _________________ "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie." Arthur C. Clarke |
|  | | Infinity modérateur


Age : 19 Inscrit le : 01 Juil 2007 Messages : 1060 Localisation : près de Toulouse
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 16:51 | |
| mon post ne visait pas à montrer un rapport avec le divin , c'était juste sur la science et l'attitude rationaliste.
en fait, la réalité n'est pas réelle, elle est idéale, et c'est pourquoi l'idéalisme transcendantal est la seule position pertinente ou presque en philosophie (je sais, je suis un gros dogmatique fanatique).
c'est ce que j'ai tenté de montrer : chaque fois que l'homme est face au réel, il y a un "écran" entre lui et le réel, qui est le réseau de significations qu'il s'est constitué; réseau qui peut être culturel, social, psychologique, logique, scientifique, etc. mais l'homme n'a jamais un accès pur au réel, à la "chose en soi", il n'existe pas d'expérience pure. c'est pourquoi le sensualisme est un non-sens; et cela se montre aussi de manière amusante : c'est l'intelligence, et non les sens, qui concluent que le rapport au monde est sensible avant d'être intelligible. Puisque ici sur ce forum nous communiquons grâce à notre intelligence avant tout. Donc le sensualisme provient de l'intelligence et non des sens; donc il ne peut dire sans se contredire que les sens sont premiers. pour ce qui est de l'expérience mystique, en effet elle est inconnaissable, et il m'est arrivé dans deux dissertations d'en faire la critique et de la déclarer inféconde pour constituer un monde commun et établir un savoir scientifique.
le fait que le langage est nécessaire ne va pas de soi. Darwin a montré que les variations-mutations se faisaient au hasard. Donc selon lui l'apparition de la conscience est hasardeuse, et elle aurait été gardée car elle permet la survie ? Mais ce que montre Nietzsche dans toutes ses oeuvres, c'est que la conscience est par essence nihiliste, elle est un poison pour la vie. Si l'on n'accepte pas cette idée; je ne vois néanmoins pas en quoi la conscience serait nécessaire. Et puis même si elle était nécessaire, ce serait plutôt un argument pro-Dieu, puisqu'il nous aurait ainsi doté d'une conscience de façon nécessaire pour que l'on prenne les rênes du monde.
de toute façon, je n'utilise pas le mot conscience au sens psychologique mais au sens métaphysique, c'est-à-dire que la conscience est un réseau de signifiants intelligibles (la définition psychologique étant l'ensemble des sensations et passions).
et il y a un tel fossé entre l'intelligible et la matière, que l'on ne pourra jamais expliquer l'émergence de l'intelligibilité en partant de la matière. et si on part de l'intelligibilité, de l'idée, il est également très difficile d'en déduire la matière et l'irrationnel. mais personnellement je préfère cette solution, elle me semble plus plausible puisque là actuellement nous discutons dans le monde intelligible, et dire qu'il n'y a que de la matière remettrait sérieusement en cause nos discussions mêmes sur la matière. en fait je crois même comme Hegel, que dès que nous prononçons le moindre mot, nous nous plaçons dans une perspective idéaliste d'emblée, puisque nous présupposons l'intelligibilité, le fait que l'on pourra être compris d'autrui.
si l'hypothèse se fonde toujours sur un savoir antérieur, d'où vient la première hypothèse ? de l'intuition. la relativité de Einstein est sortie ex nihilo ou presque, de même pour Copernic, etc. sans intuition la science n'avancerait jamais, c'est l'intuition qui nous fait inventer de nouvelles hypothèses.
quant au pourcentage de l'apriori, il ne vient même pas d'un simple consensus entre scientifiques : si ton chimiste refuse le catalyseur conventionnel, il en cherchera un autre - mais il aura déjà une idée du problème, de la fin à atteindre, donc il se sera constitué un apriori, bien qu'il soit différent de celui qui est couramment répandu. La science n'est jamais aveugle ou presque, elle découvre toujours en ayant élaboré un problème. "Le scientifique doit avoir le sens du problème", Bachelard.
le rapport avec le divin dans tout ça, ce n'est même pas la preuve thomiste de l'existence de Dieu, c'est que si l'intelligibilité est possible, en bref si toi et moi nous pouvons parler, c'est à cause de ce qui est rapporté dans st Jean : "Au commencement était le Verbe". C'est ce verbe originel, posé à la source de toute réalité qui rend l'intelligibilité possible, et qui fait que nous pouvons parler. Car du Chaos ne peut sortir le Verbe. _________________ « La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit, N'a pour elle-même aucun soin, – ne demande pas : suis-je regardée ? » Angelus Silesius |
|  | | beld Schtroumpf Prof'


Inscrit le : 05 Mai 2007 Messages : 3455
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 16:56 | |
| @ Karg : La météo est modélisée (j'insiste sur le mot pour K.) par les équations de la mécanique des fluides, qui sont déterministes. C'est la sensibilité aux conditions initiales qui crée le comportement chaotique, mais pour des conditons initiales exactes données, on a une seule solution, reproductible. Dans les faits on a toujours une précison finie sur les conditions initiales, d'où une part de hasard sur les prévisions. L'indéterminisme, le vrai, existe en physique en théorie quantique, où le résultat d'une mesure sur une superposition d'états donnera un résultat aléatoire pur. Exemple : quand est ce qu'un atome radioactif va se désintégrer. |
|  | | karg se Ayatollah


Age : 26 Inscrit le : 11 Mai 2007 Messages : 2339 Localisation : Cestas
 | Sujet: Re: La valeur de la théologie Sam 24 Mai - 18:02 | |
| | Citation: | | je ne vois néanmoins pas en quoi la conscience serait nécessaire. | La conscience se forge par rapport au autres, les enfants sauvages n'ont pas de conscience aussi développé que les humains élevés normalement. La conscience est aussi un élément sélectionné: elle permet de mettre en place de comportement complexe, aussi bien dans les interactions sociales et dans la survie. La conscience c'est du software par dessus la capacité brut de notre cerveau. _________________ Pour les sociétés prises isolément comme pour la communauté mondiale, le dépérissement de l'État n'est pas le prélude à l'utopie, mais l'avant-garde du désastre
Francis Fukuyama, State building ,2004 |
|  | | | La valeur de la théologie | |
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