La Pensée Multiple

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 Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?

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zongo
Ermite.


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MessageSujet: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Lun 12 Mar - 22:08

Je viens de copier ce texte de Michel Onfray sur un autre forum, j'en profite pour le placer ici aussi histoire de débattre sur la fonction normative de l'école. Je tiens à préciser que ce texte d'Onfray est très inspiré des réflexions de Michel Foucault dans son livre "surveiller et punir" que j'ai eu l'occasion de lire récemment. Foucault réussit dans son livre à discerner des schémas récurrents dans l'architecture et l'organisation des prisons, des casernes, des écoles et aussi des ateliers de travail destinés au dressage social.

Citation:
Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?

Parce que dans cet endroit comme partout ailleurs, on n’aime pas la liberté et qu’on s’entend magnifiquement à la contenir, la réduire, la contraindre ou la limiter au maximum. Le pouvoir d’aller et venir, de circuler librement, sans entrave, de se mouvoir sans avoir de comptes à rendre, celui d’user comme on le souhaite de son temps, de ses nuits et de ses jours, de décider de ses heures de lever et de coucher, celui de travailler ou de se reposer, de manger, de dormir, tout ce qui manifeste l’autonomie de l’individu (la possibilité de décider de son existence dans le moindre détail) gêne considérablement la société dans son ensemble.

Voilà pourquoi elle a inventé un certain nombre d’institutions qui fonctionnent selon des techniques de quadrillage : quadrillage de votre espace, quadrillage de votre temps.

La société n’aime pas la liberté car elle n’engendre pas l’ordre, la cohésion sociale, la communauté utile mais plutôt l’éclatement des activités, l’individualisation et l’atomisation sociale. La liberté fait peur, angoisse : elle inquiète l’individu, qui se retrouve face à lui-même, dans le doute, devant la possibilité de choisir, donc d’expérimenter le poids de la responsabilité ; mais elle gêne également la société qui préfère des personnages intégrés dans le projet prévu pour chacun plutôt qu’une multiplicité de pièces jouées par des petits groupes d’individus.

Haine de la liberté et dressage social


L’usage libre de son temps, de son corps, de sa vie engendre une angoisse plus grande que si l’on se contente d’obéir aux instances génératrices de docilité — la famille, l’école, le travail et autres occasions d’en finir avec la liberté au profit d’une sécurité offerte par la société : une profession, un statut, une visibilité sociale, une reconnaissance par l’argent, etc. Voilà pourquoi, pour éviter l’angoisse d’une liberté sans objet, les hommes aiment si souvent se jeter dans les bras de machines sociales qui finissent par les ingérer, les broyer, puis les digérer.

Dès votre plus jeune âge, l’école vous prend en charge pour vous socialiser, autant dire pour vous faire renoncera votre liberté sauvage et vous faire préférer la liberté définie par la loi. Le corps et l’âme sont façonnés, fabriqués. On inculque une façon de voir le monde, d’envisager le réel, de penser les choses. On norme. L’écolier du primaire, le collégien, le lycéen, l’étudiant des classes préparatoires subissent l’impératif de rentabilité scolaire : les points à accumuler, les notes à obtenir, au-dessus de la moyenne de préférence, les coefficients qui décident de ce qui est important ou non pour bien vous intégrer, les livrets qui constituent autant de fiches de police associées à vos mouvements administratifs, les copies à rédiger selon un code très précis, la discipline à respecter dans le moindre détail, l’objectif du passage dans la classe supérieure, le théâtre du conseil de classe qui examine l’étendue de votre docilité, la distinction des sections en fonction des besoins du système, l’obtention des diplômes comme autant de sésames, même si, en soi, ils ne servent à rien : tout vise moins pour vous une compétence (sinon pourquoi n’être pas bilingue après sept années d’apprentissage d’une langue étrangère ?) qu’une mesure de votre aptitude à l’obéissance, à la docilité, à la soumission aux demandes du corps enseignant, des équipes pédagogiques et de direction.

Et l’architecture du lycée me direz-vous ? Elle suppose qu’à chaque moment de la journée, dès que vous entrez dans l’établissement jusqu’au moment où vous en sortez, on sache où vous vous trouvez et ce que vous y faites. Votre usage du temps dans un lieu fait l’objet d’un marquage, d’un pointage et d’un savoir rigoureux. Le lycée, c’est un bâtiment avec des flux, des circulations de personnes qui vont et viennent, se rendent dans une salle, en quittent une autre, se dirigent vers une documentation, un réfectoire, une salle de sport ou d’informatique, un atelier. Ces flux s’activent à des moments précis de la journée : entrée du matin, changements de cours et sortie du soir.

Pas vu, pas pris

Quiconque contrôle ces flux contrôle les individus qui les constituent.

Chaque passage de groupe se matérialise, chaque passage d’individu se repère, surtout s’il a lieu pendant une heure de cours, car il signale alors un dysfonctionnement (on va aux toilettes, à l’infirmerie, au bureau d’un responsable de discipline, à la documentation, on devient nomade quand tout vous force à la sédentarité). D’où une installation des bureaux aux points névralgiques des passages : surveillants, conseillers principaux d’éducation (le nom a changé, plus présentable, mais la fonction reste celle du préfet de discipline de jadis), personnel d’encadrement (responsables de sections, de
groupes, de niveaux, etc.). Partout, vous devez pouvoir être vu. C’est le principe du panoptique : là où vous êtes, quelle que soit votre activité, on vous voit. L’architecture du lycée est faite pour organiser cette visibilité perpétuelle de vos mouvements et de vos stations.

Le quadrillage de l’espace est rendu possible par l’architecture. Celui de votre journée, puis de votre année, par l’emploi du temps. Avec l’abscisse du lieu occupé par votre
classe (la salle de cours numérotée) et l’ordonnée du moment de la journée (le découpage des heures), on obtient la possibilité d’un croisement qui informe en permanence l’autorité du lieu où vous vous trouvez/Votre visibilité est maximale. Les sonneries contraignent aux déplacements, aux rythmes, les cahiers d’appel signalent votre présence ou votre absence. Et le plan de classe affine l’opération de repérage : à l’heure dite, au lieu dit, vous occupez un espace déterminé (deux mètres cubes d’air) que vous pouvez quitter seulement avec la permission de l’autorité (le professeur qui vous invite au tableau, à distribuer des photocopies ou des devoirs corrigés, sinon la sonnerie qui prépare le changement de lieu).

Votre liberté individuelle disparaît dans les quadrillages d’espace (l’architecture) et les quadrillages de temps (l’administration). La même logique de panoptique préside au fonctionnement des casernes, des prisons et des ateliers, avec des aménagements propres à chaque endroit : des sirènes au lieu des sonneries, des pointages à la place des appels, des cellules en guise de salles de cours, des grades plutôt que des notes, du tir au fusil et non la rédaction de copies, le mitard ou les arrêts de rigueur pour remplacer les colles et les retenues, le licenciement équivalant au renvoi, le tribunal des prud’hommes au conseil de discipline, les contremaîtres remplaçant les surveillants et les professeurs, etc. Chaque fois, on veut un bon écolier, un bon soldat, un bon citoyen, un bon ouvrier. La liberté, pour quoi faire ? Car il s’agit avant tout d’encager les possibilités multiples de la liberté pure pour les contraindre à passer par le trou d’aiguille de la discipline sociale. Le but non avoué étant d’éteindre les formidables puissances de désordre contenues dans une liberté sans limite.

Aux plus dociles, à ceux qui renoncent le plus visiblement à leur liberté individuelle, la société reconnaissante distribue des gratifications : emplois, postes de responsabilité, autorité déléguée, grade dans la hiérarchie, puissance sur autrui, salaires qui permettent de consommer, donc d’apparaître tel un individu modèle d’intégration. Diplômes, carrière, travail, revenu : la société ne ménage pas ses cadeaux aux éléments les plus décidés à collaborer à son projet. Le panoptique guette partout où la liberté existe : dans la famille, dans la relation avec les autres, au travail bien sûr, mais aussi dans son quartier, sa cité, son pays.

Et bientôt, sur la planète entière. Une poignée seulement résiste aux appels de la sirène pour préférer une plus grande liberté, même s’il faut le payer d’une moins grande sécurité ou d’une moindre visibilité sociale.

À vous de choisir : serez-vous de cette poignée ?

Michel Onfray, antimanuel de philosophie.

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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Lun 12 Mar - 22:23

Merci zongo d'avoir recopié le texte, faut le faire tourner maintenant. En tout cas, je sais pas si j'en suismais en tout cas j'essaie d'en être, au quotidien. mais ce qu'il dit est très réel, c'est ce dont je sors.
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Savinien
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Lun 12 Mar - 23:00

Ce qu'il dit est vrai mais tout de même assez caricatural et surtout, c'est bien joli de dénonçer un état de fait mais comment faire autrement ?
Surtout comment faire autrement sans engendrer ce que l'on appelle vulgairement l'anarchie et qui en réalité est l'anomie ?

Il entre aussi en paradoxe avec lui-même car, (bio wiki), pendant 20 ans, il contribua il collabora à ce système et il en est le fruit !

Il me laisse perplexe quoi !
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Lun 12 Mar - 23:16

Je pense qu'il est justement le plus à même de critiquer le système, après avoir passé 20 ans à essayer de le changer de l'intérieur. Après le coup de "anarchie = anomis sociale", je suppose que c'était de m'humour. Non ? pale
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Savinien
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Lun 12 Mar - 23:25

Nan je disais que l'on confonds souvent l'anarchie et l'anomie, dans le language courant, ce que l'on qualifie d'anarchie est en réalité de l'anomie !

Citation:
Je pense qu'il est justement le plus à même de critiquer le système, après avoir passé 20 ans à essayer de le changer de l'intérieur.


C'est un peu ce qui me laisse perplexe car bon, l'Education Nationale a un programme et un "simple" prof n'y peut pas grand chose.
Il parle aussi dans son texte du système dans sa globalité et ce système, s'il y est entré, s'il y est resté 20 ans, c'est qu'il l'a en quelque sorte accepté.
Mais c'est dommage qu'il ne soit pas sûr ce forum (ça me donne l'impression de casser du sucre sur son dos) car il a certainement une explication.

Et puis, les hommes changent.

Enfin, je suis beaucoup plu turlupiné par l'ensemble du texte, c'est une critique d'un système sans réponse.

Peut-être Zongo a t'il la suite ?
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Lun 12 Mar - 23:42

En fait Michel Onfray est un philosophe et un intellectuel très important. Donc je comprend pas trop le "dommage qu'il soit pas sur le forum"... Suspect Il ne fait que démontrer que le système éducatif s'inscrit dans une logique globale de dressage social. Donc pour tout est à refaire. Mais cela passe par une éducation qui ne soit plus un vecteur d'anesthésie de la liberté. D'où ses 20 années de dévouement enseignant (Big Up à la copine de zongo en passant Wink ). Mais je suppose que ce texte est aussi, entre autre, un constat d'échec.
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zongo
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Mar 13 Mar - 0:02

En fait il n'y a pas de suite, ce texte fait parti d'un ensemble de petis écrits destiné à ses élèves de terminale. Il ne fait qu'aborder des thèmes liés à la liberté, au droit, à la technique etc. sans vraiment proposer d'alternative à ce qu'il dénonce parfois. C'était surtout pour lui l'occasion d'ouvrir des débats pendant son cours.

En fait c'est vrai qu'il a participé à ce système éducatif mais c'est ausi ce qui l'a poussé à arrêter sa carrière d'enseignant dans le public pour fonder l'unviersité popualire de Caen.

Enfin il existe des méthodes d'enseignement alternatives telles que la méthode Freinet ou le centre d'éducation Bonaventure qui donnent d'excellents résultats non seulement au niveau scolaire pur mais aussi dans la formation d'individus capables de se prendre en main personnellement et d'auto-gérer la classe, particulièrement en ce qui concerne la discipline. Le but de ces enseignements alternatifs n'est pas de normaliser les enfants, au contraire de les émanciper, de les rendre indépendants et matures.

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Savinien
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Mar 13 Mar - 0:09

Si tu pouvais nous donner plus de détails sur ces enseignements alternatifs ?
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zongo
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Mar 13 Mar - 0:46

Le site de Bonaventure et Freinet.org.

Par contre je ne suis pas du tout un expert sur le dossier de l'éducation. Je connais l'existence de ces méthodes, j'ai vu deux ou trois documentaires qui y étaient consacrés et j'ai pu voir de près l'école expérimentale Vitruve qui se trouvait près de chez moi à Paris XXème.

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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Mar 13 Mar - 0:56

Je me suis aussi renseigné de mon côté, ça a l'air assez bizarre mais si ça marche, peut-être ton amie en sait'elle danvantage.
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zongo
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Mar 13 Mar - 1:12

Non, j'en ai discuté un peu avec elle mais elle ne connais qu'un seul type qui travaille avec la méthode Freinet. Elle, elle en pense plutôt du bien et rêverait d'avoir des classes de quinze élèves avec trois adultes par classe. D'un autre côté, elle fait principalement de la maternelle alors je ne sais pas si c'est vraiment adapté. en fait je n'en sais rien du tout.

Je sais qu'il existe une commune libertaire en France, à Merlieux, et l'école de cette commune fonctionne avec la méthode Bonaventure. J'ai vu un petit documentaire dessus et ça a l'air très bien à première vue.

On y voyait des petis gosses genre 6 ans qui décidaient du planning de la cantine pour la semaine à venir, ils étaient obligés de gérer un budget et d'aller faire les courses eux-mêmes. Bien sûr ils étaient encadrés par des adultes qui orientaient un peu le débat mais c'était vraiment excellent de voir ces petits gamins avoir autant la notion de groupe et prendre à coeur le problème.

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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Dim 1 Avr - 21:27

Je vais me renseigner sur ces méthodes d'enseignement mais en attendant, trouvé sur le forum catho, un blog anti-onfray. C'est à pisser de rire : http://contre-michelonfray.over-blog.com/
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Thibault
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Dim 1 Avr - 21:57

Je hais les lycée prison ca me rappelle trop de mauvais souvenirs ...
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K.
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MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Dim 1 Avr - 22:15

Arf. Dans le mien il y a des caméras.
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Thibault
Invité



MessageSujet: Re: Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?   Dim 1 Avr - 22:17

Dans le mien il y avait des caméras , on ne pouvait pas sortir quand on voulait . Il paraît que ça a empiré .
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